Pierre Bories
Pierre Bories

A l’occasion d’une dégustation des vins « nature » de Pierre Bories (Château Ollieux Romanis dans les Corbières), nous avons pu déguster des millésimes plus anciens pour se faire un avis sur la capacité de vieillissement de ces vins.

Pierre Bories est à la tête de 4 domaines de Corbières dont le très beau château Ollieux Romanis. Il est un vigneron passionné qui réfléchit. Faire de la biodynamie ? Une évidence mais sans approche dogmatique. Il n’applique pas des trucs mais observe attentivement son terroir pour lui apporter un soin adapté. Le bio ? Tout le domaine est en conversion intégrale et devrait être certifié d’ici deux ans. L’approche est, une fois encore, pragmatique. Cette démarche s’associe à un immense travail des sols mené depuis près de 15 ans et qui a permis de leur redonner vie et de permettre aux vignes de mieux s’enraciner pour capter l’essence même de ce terroir méridional si magique.

Et les vins « nature » dans tout ça ? Eh bien toute la gamme n’est pas concernée. Bien sûr, Pierre travaille dans une logique de réduction drastique du soufre. Mais il ne met pas la charrue avant les bœufs. Il ne s’agit pas de faire du vin « nature » coûte que coûte. Il s’agit avant tout de « produire des bons vins et surtout pas de vins déviants que l’on n’aimerait pas boire ». En rouge comme en blanc, on retrouve ainsi plusieurs cuvées dont les niveaux de soufre sont réduits comme peau de chagrin. « Nous sulfitons un tout petit peu à la mise en bouteille pour éviter tout incident ultérieur lié notamment à des variations importantes de températures qui pourraient nuire au vin ». Pour autant, si les fermentations ne se passent pas bien, il envisage tout à fait de sulfiter légèrement pour éviter toute déviance aromatique. Et pour ne prendre aucun risque en ne sulfitant pas jusqu’à la mise en bouteille, les vins évoluent dans un milieu saturé en azote pour éviter toute contact avec l’oxygène pouvant conduire à des oxydations prématurées qui seraient fatales au vieillissement du vin.

Des vins qui conservent une vraie densité

Parmi les blancs, le Corbières « nature » du domaine Pierre Bories impressionne par sa capacité à rester d’une belle fraîcheur, même 3 ans après. Le 2013 dégusté affichait par exemple une tension et une vivacité qui semble lui garantir une vie sans embuche sur les 3 ou 4 prochaines années. Un vin sans aucune trace de déviance aromatique ni d’oxydation prématurée. Il fait la part belle aux notes florales qui se révèlent très charmeuses. Mais c’est du côté des rouges que la surprise était la plus grande. Notamment sur la cuvée « Lo petit fantet d’Hippolyte » de la gamme du « hameau des Ollieux ». Un assemblage de carignan, grenache noir et syrah au fruit ravageur dans sa jeunesse. Si le 2015 est encore un peu austère, tout en densité et laissant poindre des notes de garrigue envoutantes, le 2014 fanfaronne avec ses fruits noirs et ses fins amers. Des vins abordables (8€ ) qui sont vibrants. On sent bien qu’ils ne sont pas près de s’éteindre.

La preuve va nous en être faite par le 2011. Ce vin à la robe encore bien sombre est tout en dentelle au nez, jouant alternativement le registre fruité et épicé. Des épices que l’on retrouve en bouche, avec un grain de tanins fin, une matière tout en souplesse sans être décharnée. Le vin est encore vivant, il interpelle par sa douceur mais aussi par son caractère sudiste encore bien chevillé au corps. Cette cuvée peut donc sans aucun problème attendre en cave 5 ou 6 ans. Sa durée de vie n’est évidemment pas éternelle. Il s’agit d’un vin gouleyant, accessible. Le premier millésime produit (2003) est ainsi passé aujourd’hui du côté oxydé de la force… Mais ce « petit fantet » devrait rabibocher quelques sceptiques avec les vins nature et son potentiel de vieillissement devrait définitivement lui ouvrir les portes des caves de nombreux amateurs. Faites l’expérience !