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Philippe Raoux, propriétaire du château d’Arsac, s’en est allé

Philippe Raoux (photo : Michaël Boudot)

Auteur

Michel
Sarrazin

Date

24.10.2023

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Philippe Raoux est mort ce vendredi 20 octobre. L’homme aura marqué les esprits et son territoire par son amour de l’art contemporain et son esprit d’entreprise.

Issu d’une famille de négociants, il achète en 1986 ce qui était alors un château quasiment à l’abandon. Seuls 4 hectares de vignes restent sur ce terroir magnifique dont le potentiel n’a pas échappé à cet homme entreprenant que rien n’aura arrêté. Aujourd’hui la propriété médocaine compte 104 hectares en production dont une cinquantaine en appellation Margaux : une appellation reconquise de haute lutte, après que le château l’eût perdu en 1954, puisque c’est à l’issu de plusieurs procès, qu’il gagne contre tout le monde, en 1995 puis en 2008.

Mais c’est aussi grâce à ses acquisitions de sculptures contemporaines notamment, et de tableaux, que le château acquiert au fil du temps une identité qui lui est propre. Pour Philippe, le modèle du château bordelais se devait d’évoluer et « l’intrusion » du contemporain dans ce modèle traditionnel ne lui déplaisait pas. Le symbole en est cette œuvre monumentale en forme de poutre qui biffe la façade du château classique de la propriété : un pied de nez dont il était fier. La vigne devait financer l’art et contribuer à forger cette nouvelle identité : « 1 franc par pied de vigne est consacré à l’art » se plaisait-il à dire au début de l’aventure.

Récemment, lors du confinement dû au covid, il visionne des comédies musicales qu’il aime par-dessus tout, et surtout celles de Jacques Demy. C’est ainsi qu’il a l’idée de créer, dans le chai à barriques, un spectacle son et lumière, « Si Arsac m’était chanté » dans lequel des textes qui raconte la vie du château d’Arsac (mais aussi la sienne pour qui sait un peu décoder) sont mis en musique à la manière de Michel Legrand. Avec le jardin des sculptures, l’offre oenotouristique devenait complète et telle qu’il la voulait, ne ressemblant à aucune autre, unique.

Pourtant, Philippe Raoux se voulait discret. En fait, sa grande humilité, sa gentillesse et sa bienveillance cachaient une pilier constitutif de sa personnalité. C’est bien à travers ses actes et ses créations qu’on devinait l’esprit d’entreprise qui l’a toujours animé, dans le respect des autres et sans vouloir dominer ou faire du tort à qui que ce soit. C’est dans cet esprit qu’il avait aussi créé, en 2007, sans doute un peu trop en avance, la Winery à Arsac. Un concept moderne d’accueil réceptif autour du vin, avec boutique, musée, restaurant. Courageux, mais il avait dû la revendre en 2014, l’humeur chagrine, mais sans dépit.

Le village d’Arsac lui doit beaucoup et les relations tant avec les représentants de la commune que les écoles sont exemplaires. Les bâtiments administratifs du château ne voient-ils pas, de manière permanente, leurs murs recouverts de dessins d’enfants des écoles venus visiter gracieusement le jardin des sculptures. Philippe tenait à cet épanouissement par la culture. Son jardin des sculptures, et plus largement le château, sont visités régulièrement par des écoles des beaux arts venant de toute la France mais aussi de pays étrangers. Un beau témoignage.

Enfin, si l’art a beaucoup occupé Philippe, on ne peut passer sous silence le travail accompli au chai et qui ont amené, en 2020, la consécration par le classement en cru bourgeois exceptionnel (il n’y en a que 14). Ce classement est venu comme une apothéose, consacrant le terroir mais aussi l’œuvre d’une équipe que Philippe a su manager par la confiance et la valorisation.

Terre de Vins tient à dire toute sa peine à la famille Raoux.