(photo JM Brouard)
(photo JM Brouard)

Lorsqu’une propriété pomerolaise change de main, c’est toujours un événement. Et quand c’est une famille passionnée, déjà propriétaire d’un vignoble voisin qui l’acquiert, avec de grandes ambitions, c’est encore plus enthousiasmant.

« Petit-Village était un grand vin endormi », voilà comment Diana Berrouet Garcia, la Directrice adjointe de la propriété qualifie cette superbe propriété. Il faut dire qu’elle connaît parfaitement le sujet, elle qui travaille ici depuis 2015, alors sous l’ère d’Axa Millésimes. Presqu’aucune information n’avait fuité jusqu’à l’annonce du rachat début 2020 de cette pépite par la famille Moulin, propriétaire des Galeries Lafayette. Son histoire d’amour avec ce vignoble n’est pas nouvelle. Possédant de longue date le château Beauregard, séparé de Petit-Village par une simple route, les Moulin sont donc arrivés en voisin. Et leurs ambitions pour ce château sont grandes. La première décision prise fut celle de la conversion du vignoble de 10,5 hectares au bio, à l’instar de ce qui se pratique à Beauregard, certifié depuis 2010. La restructuration du vignoble va en outre être poursuivie. Rendons à César ce qui lui appartient, celle-ci avait commencé depuis plusieurs années sous l’impulsion de Christian Seely, notamment avec la replantation de cabernets francs en sélection massale issue des pieds de vieilles vignes très qualitatives de la propriété plantés dans les années 1940 et 1950. C’est ainsi que dès cette année, 1,5 hectare de cabernet franc supplémentaire va pouvoir entrer en production. Ce qui va renforcer la typicité de l’encépagement de la propriété : 32% de cabernet franc, 8% de cabernet sauvignon, le reste en merlot. Soit une proportion très importante de cabernets qui donne toute sa typicité à ce château situé tout en haut du plateau de Catusseau, à 39 mètres d’altitude. « Sur l’hectare restant encore à planter, nous envisageons d’introduire 30a à 40a de cabernet sauvignon pour renforcer aussi sa part dans l’assemblage final », précise Diana.

De grands changements

Si l’on mesurait l’intérêt sincère de propriétaires de vignobles au nombre de projets qu’ils lancent dès leur arrivée, nul doute que les Moulin tiendraient la palme. Outre la conversion au bio avec certification attendue pour 2023 et l’encépagement qui poursuit sa mue, ce sont les bâtiments qui vont aussi faire l’objet de grands travaux. Christian Seely avait déjà imprimé sa marque dès 2007 en créant un ensemble de bâtiments évoquant évidemment un petit village. Entre deux d’entre eux se dresse un immense bâtiment rectangulaire en cuivre qui abrite la cuverie. C’est cet élément architectural fort qui va faire l’objet d’un agrandissement. « Les travaux vont commencer dans 2 ou 3 mois. Le bâtiment va être prolongé et nous allons lui ajouter des toits plats qui permettront d’avoir une vue incroyable sur Pomerol et notamment nos plus immédiats voisins que sont La Conseillante et l’Evangile », nous explique Diana. « Ce projet important va nous permettre d’améliorer toute la partie réception de la propriété. Nous espérons que tout sera prêt pour la campagne primeurs l’an prochain ». Et pour accompagner la mue du vin, une nouvelle bouteille a aussi été choisie. Produite en série limitée par un fabricant du nord de l’Italie, elle affiche une classe naturelle et une teinte foncée pour éviter tout risque de dégradation à cause des UV. Celle-ci arborera le logo gravé de Petit Village ainsi qu’un bouchon ciré. L’étiquette n’est pas en reste. Plus épurée, au papier d’un blanc chic en relief reprenant les parcelles d’un seul tenant du château, elle est à l’image des ambitions affichées. Que Petit Village puisse retrouver une place tout en haut de la hiérarchie de l’appellation. Et à goûter le millésime 2020 en primeurs, on se dit que tout cela est sur la bonne voie. Le vin est entêtant de fruits noirs et offre une très grande délicatesse de texture et une élégance folle. Un château à suivre de près dans les prochaines années.