Le 2013 de Lagrange fera très certainement date dans la bibliothèque de ce 3ème Grand Cru Classé en 1855 de Saint-Julien. Si, bien entendu, il serait saugrenu de le comparer aux 2009 et 2010, son assemblage a toutefois quelque chose d’historique. Voyez plutôt : 75% de cabernet-sauvignon (!), 21% de merlot et 4% de petit-verdot. Comme le souligne Mathieu Bordes, le directeur de la propriété : « C’est historiquement, après le millésime 2000 et ex-aequo avec le 2010, la plus grosse proportion de cabernet sauvignon qu’on ait jamais eu dans un Lagrange. »

Si le climat n’est pas à étranger à ce record, Mathieu Bordes distingue toutefois trois périodes dans ce 2013 : « Nous avons eu le printemps le plus terrible depuis trente ans, à savoir frais et humide. Puis, nous avons eu un très bel été avec un mois de juillet avec plus de 3, 5 °C de moyenne par rapport à la moyenne des trente dernières années et un mois d’août relativement sec. Ensuite, nous avons eu une deuxième quinzaine de septembre un peu plus humide avec des températures assez élevées qui ont fait accélérer l’affinement des peaux et nous ont obligé à vendanger quatre à sept jours plus tôt. »

Pour autant, s’il reconnaît que ce 2013 a été « le plus compliqué à gérer depuis le 2007 (son premier millésime de Lagrange) », il est convaincu du résultat : « Nous avons un vin sur le fruit et je suis certain de sa capacité à vieillir de manière remarquable car pour moi le cabernet-sauvignon reste le plus grand cépage de la rive gauche et peut-être le plus apte à vieillir aujourd’hui en Bordelais. »

Mathieu Bordes promet donc à ce 2013, un bel avenir sur les tables d’ici quatre à cinq ans. En attendant, ce millésime l’a démontré : le cabernet-sauvignon est promis à un bel avenir à Lagrange : « On cherche, glisse Mathieu Bordes, par la sélection parcellaire et intraparcellaire à augmenter la part du cabernet sauvignon, quand c’est possible, dans l’assemblage final des vins. »

Jefferson Desport