(photo : Frédérique Hermine)
(photo : Frédérique Hermine)

À l’heure où le Rhône Nord se retrouve sur les flocons de neige, le bilan des vendanges s’annonce contrasté dans la région, la météo ayant joué quelques mauvais tours, notamment à Crozes-Hermitage. Mais la qualité des années en 9 semble au rendez-vous.

Selon les dernières estimations de récolte début novembre, sur un total national estimé à 42,2M hl, le bassin Sud-Est, dont la Drôme et l’Ardèche, s’est maintenu à + 1% comparé à 2018. Il est le seul à rester dans le positif, les aléas climatiques, notamment la canicule, ayant surtout impacté les IGP de Provence. « Dans la partie septentrionale du Rhône, la récolte était particulièrement belle, notamment en Condrieu et Côte Rôtie qui allient quantité et qualité, a commenté Inter-Rhône. Saint Joseph, Cornas et Hermitage comptent sur des volumes proches de 2018, tout comme les Crus des Côtes du Rhône méridionales. En revanche, les quantités sont plus faibles en Crozes-Hermitage touchée principalement par un épisode de grêle au mois de juin dernier ». 

Après le déluge à Crozes

Jacques Grange, co-président de Crozes, confirme que le millésime 2019 sera « très beau et très bon. Il fallait juste attendre les maturités qui ont un peu traîné mais on est arrivé à de très jolis équilibres malgré des degrés alcooliques qui ont eu tendance à s’envoler à cause de l’été caniculaire. Heureusement que les pluies d’août ont permis d’éviter le stress hydrique. Les rouges sont prometteurs sur des tanins serrés, des jus concentrés et de belles acidités. Néanmoins, si 2019 sera en bonne quantité en Côte Rôtie, Saint-Joseph et Hermitage, ce sera plus compliqué en Crozes où sur des parcelles comme les Grands Chemins, nous avons perdu une demi-récolte avec l’orage de grêle de mi-juin et récolté à 20-25 hl/ha ».

Certains secteurs, en particulier la plaine des Chassis et le sud de Crozes-Hermitage ont été frappés de plein fouet par la grêle. « Plus de la moitié du vignoble a été touchée, impactée entre 30 et 90 % et pour certaines parcelles à 100%, confirme Sébastien Girard du Domaine de la Ville Rouge. Cela a fait le bonheur des carrossiers qui ont un an et demi de boulot d’avance tant l’orage a été violent. Et le système de ballons anti-grêle n’a pas été très efficace ». « Au printemps, malgré le manque hydrique, tous les compteurs étaient au vert pour réaliser un millésime de qualité et de quantité, commente-t-on à la Maison Alexandrins. L’eau finirait par tomber et nous étions confiants… Mais le 15 juin… tout a basculé ! Un nuage noir, d’une épaisseur immense, et chargé de glace, a déversé sa colère sur notre vignoble et la grêle a détruit une partie considérable de nos crozes-hermitage. Du jamais vu pour nous! Les anciens nous diront qu’en 1952, un orage similaire avait tout ravagé dans notre zone géographique. En raison du manque de pluie et de l’intensité de la chaleur, nous avons modifié quelques travaux en effeuillant peu et en travaillant très tôt le matin pour intervenir sur la vigne sans être agressif ; pour les parcelles touchées par la grêle, nous avons pris l’option de la laisser se soigner elle-même avec seulement quelques tisanes d’oligo-éléments pour l’accompagner dans sa convalescence… Il nous faudra par contre l’accompagner en 2020 en la taillant méticuleusement » conclut-on aux Alexandrins.

Un grand millésime, à boire et de garde

En Côte Rôtie et Condrieu, on reste plutôt satisfait du système anti-grêle mais l’orage de juin n’est pas monté jusque là. « Il est vrai que si la grêle est trop violente et c’était hélas l’orage du siècle ce 15 juin au-dessus de Valence, ça ne fait que minimiser les dégâts, commente le président de Condrieu Christophe Pichon. Pour nous, le millésime offre de belles acidités et une buvabilité qui va dans le sens de la tendance, même si les alcools sont un peu élevés à 14% vol. et plus, ce qui devrait plaire au marché américain. Pour l’appellation, pas de problème de volumes, 2019 est même le 2ème millésime de tous les temps avec environ 8000 hl récoltés ».

En Côte Rôtie, malgré millerandage, coulure, canicule et stress hydrique, le millésime a été sauvé par un mois de septembre à la fois sec, frais et chaud. « 2019 aura plus d’acidité que 2018 avec un fruit d’exception et une belle acidité, estime Mickaël Gerin, président de Côte Rôtie. Ce sera un grand millésime, à boire et de garde, sans doute un mixte de 2006 et 2017 ». Et les Alexandrins de rappeler que « les années en 9 sont exceptionnelles et que celle-ci ne devrait pas déroger à la règle mais avec des petits volumes ».