Nouveau rebondissement dans le feuilleton qui entoure la vente du château Beauséjour Héritiers Duffau-Lagarrosse : alors que la Safer Nouvelle-Aquitaine devait désigner aujourd’hui l’identité du repreneur, elle a décidé d’ajourner sa décision de deux semaines maximum.

Tout le monde était dans les starting-blocks. Ce jeudi 25 mars, la commission de validation de la Safer Nouvelle Aquitaine devait remettre son avis définitif sur le choix de l’acquéreur du très prisé Premier Grand Cru Classé de Saint-Émilion. La tension était à son comble car le premier avis de la commission technique, tombé la semaine dernière, semblait favorable à la candidature de Stéphanie de Boüard-Rivoal (co-propriétaire du Château Angélus) qui s’est portée candidate en son nom propre, et donc défavorable aux deux autres dossiers en lice, la famille Cuvelier (initialement choisie en novembre dernier par la majorité des actionnaires actuels) et la famille Courtin (groupe Clarins) accompagnée de l’œnologue Joséphine Duffau-Lagarrosse, l’une des membres de la famille à la tête du domaine depuis 1847.

« Toujours dans le match »

La fin du suspense n’est pas pour aujourd’hui. D’après nos sources, la commission de validation aurait choisi de ne pas se prononcer et de renvoyer la décision devant le Conseil d’Administration de la Safer Nouvelle-Aquitaine, sous un délai maximum de quinze jours. Difficile de dire à ce stade si cet ajournement remet en question les décisions précédentes, ou si elle vise avant tout à faire baisser la pression sur un dossier potentiellement explosif, où chacun fourbit déjà ses armes en vue de possibles recours en justice. La lumière devrait être faite dans les deux semaines.

En attendant, du côté des différents candidats, les réactions sont mitigées. Selon une source proche de la famille Courtin, « cette décision de la Safer est un signal positif, qui nous conforte dans l’idée que tout n’était pas clair dans le processus de décision de cette instance ; d’autant que d’habitude, le comité de validation entérine à 99% l’avis du comité technique ». Du côté de la famille Cuvelier, même si l’on reconnaît que ce nouveau rebondissement « redonne de l’espoir et indique que nous sommes toujours dans le match, il faut toujours rester prudent, tant les étapes précédentes ont manqué de transparence et se sont même révélées aberrantes. Il faut tout de même rappeler que 92% des actionnaires actuels de la propriété étaient favorables à une cession à la famille Cuvelier. À cet égard, le comité technique et le comité de validation de la Safer n’ont pas à s’immiscer dans cette affaire. Dans tous les cas, si la décision finale devait ne pas nous être favorable, nous sommes prêts à tout mettre en œuvre pour faire la lumière sur cette affaire ».

Stéphanie de Boüard-Rivoal, pour sa part, se veut à la fois confiante et prudente. « Je n’ai pas d’interprétation à faire sur la décision de ce jour. Je suis confiante dans la qualité de mon dossier, qui est viable et sincère, et qui a été examiné, apparemment de façon favorable ; je ne vois pas pourquoi il y aurait machine arrière. Contrairement à ce qui a pu être écrit par endroits, il s’agit d’un projet personnel, que je porte avec mon mari et mes enfants, avec l’intention d’habiter sur la propriété et de la faire revivre. Je constate enfin qu’il y a une campagne de dénigrement qui tente de me fragiliser par voie de presse, avec de fausses informations à mon sujet : il n’y a aucune intention de faire fusionner Beauséjour avec un autre vignoble, et il n’y a aucune intervention de mon père, si ce n’est qu’il me soutient dans ce projet. Je suis seule, sans personne derrière moi. J’ai d’ailleurs été surprise de la candidature portée par Joséphine Duffau-Lagarrosse, qui a été la première à me faire visiter la propriété. »

Jean-Charles Chapuzet et Mathieu Doumenge