Moins célèbre que certaines appellations voisines ô combien prestigieuses, Saint-Joseph s’affirme de plus en plus sur la scène rhodanienne septentrionale avec une impressionnante variété de vins.

Sur les collines jouxtant le Rhône au sud de Lyon, la présence de la vigne remonte à des temps immémoriaux. Ce n’est qu’en 1956 que le « vin de Mauves », qu’Hugo mentionnait dans les Misérables, prendra le nom de Saint-Joseph, en référence à un lieu-dit situé dans la partie historique du vignoble aux environs de Tournon. Au fil des ans, l’aire pouvant prétendre à l’appellation (3000 hectares mais seulement 1300 plantés actuellement) sera étendue vers le Nord, jusqu’à la frontière de l’appellation Côte-Rôtie, soit près de 50 kilomètres plus haut. Ceci explique la diversité de sols que présente l’appellation. Beaucoup de granits, notamment dans la partie septentrionale, mais aussi du gneiss, de lœss, et même des éboulis calcaires dans la partie sud de l’appellation. A cela s’ajoute des climats fort différents, allant de la fraîcheur « lyonnaise » dans la zone de Chavanay à un climat plus méditerranéen en descendant progressivement vers Tournon et Mauves. Avec, en outre, des approches très différentes à la vigne (densité montant jusqu’à 10 000 pieds/hectare) comme en cave (vendanges entières ou éraflées, élevage en cuves, barriques ou demi-muids, etc.) qui conduisent à une large diversité de vins propre à l’appellation. Il n’y a donc pas de Saint-Joseph « type ». Les vins peuvent être très proches aromatiquement de leurs voisins de Côte-Rôtie lorsqu’ils sont dans le nord, et développer des arômes plus murs du côté de Cornas… Quoiqu’il en soit, blancs comme rouges, les vins ont en commun de posséder un véritable potentiel de vieillissement qui leur assure une longévité appréciable, de 15 voire parfois plus de 20 ans.

Un panel de styles pour ravir le plus grand nombre

La surprise à Saint-Joseph ne vient jamais des cépages. Les blancs sont des assemblages de marsanne, généralement majoritaire avec des vignes parfois centenaires, et de roussanne. La première apporte une grande ampleur de bouche tandis que la seconde confère aux vins des arômes complexes de de fruits jaunes et de miel. Et si les acidités ne sont pas très élevées, comme sur le très beau millésime 2011, les fins amers de la marsanne confèrent au vin une fraîcheur plus que bienvenue. Il en ressort des vins bien équilibrés comme le Saint-Joseph blanc « les oliviers » du domaine Gonon ou celui du domaine Durand, dont la minéralité du 2014 interpelle et séduit. Pour les rouges, c’est la syrah qui est reine. Dans le secteur septentrional granitique de Chavanay, elle développe de splendides arômes de fleurs (pivoine, rose, violette) associés à des pointes lardées et épicées, surtout lorsque la vinification intègre une proportion de vendanges entières. C’est le cas sur le Saint-Joseph « Gloriette » 2014 du domaine Faury.

Plus au sud, on peut trouver des vins aux arômes plus confiturés et aux tanins présents comme le « sainte Epine » 2012 de chez Delas, un négociant dont la qualité des vins a bien progressé ces quelques dernières années. Généralement compris entre 15 et 18 €, les Saint-Joseph peuvent tutoyer les 50 € sur des cuvées parcellaires qui démontrent l’exceptionnelle qualité de certains terroirs. Ainsi « les Serines » 2013 d’Yves Cuilleron dont la profondeur du nez n’a d’égal que la densité et la finesse de tanins en bouche. Une très grande bouteille sur un millésime de garde, dont l’austérité actuelle laissera place, d’ici une dizaine d’années, à un plaisir de dégustation immense. Une preuve supplémentaire, comme le rappelle le président de l’appellation Joël Durand, de « la belle dynamique d’une appellation qui se développe sans précipitation, sur des bases qualitatives solides et pérennes, lui assurant aujourd’hui une reconnaissance méritée ».