Photo David Thierry
Photo David Thierry

Le moral n’est pas au plus haut chez les vignerons du Sauternais après l’annonce de la validation de la ligne à grande vitesse (LGV) Bordeaux-Toulouse. Mais les raisons d’espérer existent, à commencer par le beau millésime attendu cette année.

La décision est tombée de manière brutale le week-end dernier. La LGV devrait être construite entre Bordeaux et Toulouse, en dépit de l’avis négatif de la commission d’enquête publique et de la Cour des Comptes. Cette décision a résonné tel un glas, tant son impact sur le micro-climat du Sauternais pourrait être irréversible. « Nous sommes dans le flou, nous n’avons à aucun moment rencontré les experts mandatés par la SNCF pour étudier les conséquences de cette ligne sur la production de nos vins », confie Romain Garcia du Château Rolland. Et celles-ci pourraient être dramatiques comme l’explique Stéphane Wagrez du Château Labouade. « Si le tracé retenu ne traverse pas directement l’appellation, il n’en coupe pas moins une trentaine d’affluents du Ciron, enjambant même trois fois ce cours d’eau. Or celui-ci est le rouage essentiel au cœur du mécanisme de production de vins liquoreux dans la région ».

En effet, cette rivière froide qui serpente dans la forêt permet la création de brouillards propices au développement du botrytis cinerea lorsqu’elle rencontre la Garonne, plus chaude. Modifier le fragile équilibre hydrologique pourrait perturber voire empêcher à l’avenir toute formation de brume et donc condamner l’apparition de pourriture noble sur les raisins. Et astreindre l’appellation à ne plus produire que des vins blancs secs ? Une crainte résumée par Sébastien Pierre du Château Caillou : « c’est l’âme des vins de Sauternes, uniques au monde, que l’on risque de perdre ». En attendant l’avis du Sénat sur le projet, Xavier Planty de Château Guiraud étudie tous les recours possibles. A suivre donc.

Un avenir à court terme néanmoins rayonnant

Difficile pour les viticulteurs de se mobiliser en ce moment, en pleines vendanges… Mais au moins, le climat a choisi son camp cette année. Le temps, depuis avril, est quasiment idéal, associant un bon ensoleillement à des pluies relativement rares mais suffisantes. L’optimisme dans les vignes est très palpable. Sans vouloir annoncer un millésime de rêve qui pourrait finalement ne pas être à la hauteur des attentes, à l’image de 2000, Philippe Déjean du Château Rabaud-Promis n’en garde pas moins le sourire : « les raisins sont délicieux, l’état sanitaire du vignoble est quasiment parfait. Tout est réuni pour faire un très bon voire un excellent millésime, avec en outre davantage de quantité qu’en 2014 ».

Mais les grands millésimes à eux seuls ne sauraient enrayer la baisse générale de consommation des liquoreux liée à une désaffection des consommateurs pour des vins parfois très riches. Certains domaines l’ont bien compris. Le château Pick-Laborde propose ainsi un vin à la liqueur délicate et fluide, d’une surprenante fraîcheur. D’autres cuvées s’inscrivent dans cette tendance de vins plus digestes et accessibles comme l’Idéal de Rolland. Mais les vins de style plus classique n’ont pas dit leur dernier mot et jouent désormais la carte des accords mets-vins originaux sur des plats forts en goût, épicés, sur lesquels ils font merveille. Ajoutez à cela un marché chinois qui commence à manifester son intérêt pour les vins de la région et un projet de coopérative sur Sauternes enfin sur les rails qui devrait permettre de mieux valoriser le vrac dans la région. Le faisceau de signaux encourageants pour l’avenir de ces vins uniques est alors évident. A condition de continuer à exister dans les prochaines décennies…