Photo : Planète Bordeaux
Photo : Planète Bordeaux

Après avoir officié au sein du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB), Stéphanie Sinoquet succède à Florian Reyne, délégué général de Planète Bordeaux depuis 2013. Nous faisons le point avec elle sur les défis, priorités et projets du syndicat

Après l’élection de Stéphane Gabard, président depuis fin 2020, le Syndicat des Bordeaux et Bordeaux Supérieur accueille sa nouvelle directrice, en la personne de Stéphanie Sinoquet. Loin d’être novice dans le monde du vin, elle a occupé le poste de Trade marketing manager puis Responsable des pôles France et Belgique, au sein du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB). Auparavant, elle a aussi exercé quinze ans en marketing et développement stratégique au sein d’entreprises internationales de grande consommation (Unilever en agroalimentaire et cosmétiques, SC Johnson dans les produits ménagers) et d’organismes collectifs (CCI, CIVB).

Aujourd’hui, elle arrive aux manettes de ce Syndicat qui œuvre pour la gestion, la défense et la promotion de sept Appellations d’Origine Contrôlée (bordeaux, bordeaux rouge, bordeaux supérieur rouge, bordeaux blanc, bordeaux supérieur blanc, bordeaux clairet, bordeaux rosé, crémant de Bordeaux) et de l’Indication Géographique Fine Bordeaux. Il fédère plus de 4000 adhérents (vignerons, caves coopératives, maisons de négoce), représentant plus de la moitié du vignoble bordelais.

Stéphanie Sinoquet, en prenant la direction du Syndicat dans un contexte complexe, quels défis se présentent à vous ?

Nous sortons d’un contexte difficile pour l’ensemble du vignoble français, lié à la pandémie. Des signaux sont positifs, mais les dernières années ont marqué économiquement nos AOC. En tant que premier Organisme de Défense et de Gestion de France en termes d’AOC, nous avons un rôle moteur à jouer. Sur du long terme, nous travaillons sur des sujets d’avenir nationaux et européens en lien avec différents organismes, que ce soit l’Europe, le gouvernement, la région, le département, l’INAO, ou la Fédération des Grands Vins. Comme dans tous les organismes collectifs, des élus portent les réflexions stratégiques. Le directeur est là pour les accompagner dans l’organisation de cette réflexion et la mise en œuvre des décisions stratégiques.

Aux plans national et européen, dans quels sujets le Syndicat est-il impliqué ?

Il s’agit de sujets de fond, comme la restructuration de notre vignoble pour être prêts face aux enjeux de demain. Un des très gros projets qui nous occupe actuellement est l’expérimentation sur les cépages à fin d’adaptation, intégrés dans le cahier des charges des AOC Bordeaux, afin de mieux préparer le changement climatique. Nous sommes les premiers à l’avoir mis en place, et à contribuer avec d’autres partenaires à cette expérimentation, pour en tirer les conclusions et optimiser au fur et à mesure. Dans les grands sujets de préparation-restructuration, la nouvelle Politique Agricole Commune 2023-2027 a donné la possibilité aux cahiers des charges d’appellations d’intégrer des variétés de cépages résistants, non Vitis vinifera. Nous allons contribuer à bien définir les modalités de déploiement de ces futurs cépages, et voir comment les intégrer à terme dans nos cahiers des charges. Nous prenons aussi part aux réflexions sur tout ce qui tourne autour des replantations et arrachages, qui peuvent parfois également dépendre de décisions européennes. Nous travaillons aussi sur toutes les difficultés que les viticulteurs peuvent connaître dans leur quotidien, comme par exemple des problèmes de faillite, de transmission, entraînant l’apparition de friches. Ces terrains doivent être gérés, car ils peuvent être vecteurs de maladies. Enfin, nous sommes très concernés par le sujet de la cohabitation entre viticulteurs et riverains, dans le cadre de la transition écologique. Nous travaillons en collaboration sur des guides de bonnes pratiques, des observatoires… Tous ces sujets sont appréhendés conjointement avec d’autres organismes.

Plus localement, quels sont les chantiers en cours qui concernent les sept AOC bordelaises ?

Le Syndicat porte un certain nombre de chantiers pour accompagner la transformation collective et aider à retrouver de la compétitivité, même si c’est avant tout un travail individuel de chacun. Au niveau de la production, nous menons actuellement un gros travail de pilotage de l’offre, pour s’assurer qu’en termes de rendements et surfaces, nous soyons dans les clous par rapport à la demande des marchés. Cela passe notamment par une régulation des rendements, ou de la restructuration différée en temporisant la replantation de certaines parcelles. Evidemment, les viticulteurs ont aussi la possibilité de ne pas être dans l’AOC s’ils le souhaitent. Il y a également une volonté de notre président Stéphane Gabard de renforcer le contrôle produit, pour mieux s’adapter à la demande des marchés, dans une perspective de qualité et de sécurité du consommateur. Nous devons nous assurer que le vin sous AOC respecte un certain ADN défini par les cahiers des charges. Il faut veiller à ce qu’un bordeaux reste un bordeaux, par exemple du point de vue des cépages, des rendements, du lieu d’embouteillage…

Vous avez une longue expérience dans le domaine du marketing et du développement stratégique. Allez-vous mettre ces compétences au service de l’image des AOC bordeaux et bordeaux supérieur ?

En termes d’image, nous avons tout un travail de fond à mener. C’est aussi pour accompagner cette réflexion autour de la segmentation, de la communication et de la promotion que j’ai été embauchée. Le Syndicat est associé à une réflexion en cours du CIVB sur la segmentation du vignoble. L’idée est de clarifier la segmentation pour faciliter la compréhension de notre offre de vins et de notre ADN en France et à l’étranger. Jusqu’à présent, nous proposions comme clé de lecture une carte avec 65 appellations. L’idée sera de créer différents niveaux de lecture en fonction des profils de consommateurs, néophytes ou amateurs. En parallèle, nous avons aussi une mission de promotion en France et à l’étranger. Mais surtout, nous portons un plan marketing fort au plan local de la Gironde, notamment avec la réhabilitation du siège du Syndicat « Planète Bordeaux ». Nous avons beaucoup d’ambitions sur ce projet. Nous avons défini les grands contours, réalisé des études de faisabilité, de prévisionnels d’activité pour le business plan. D’ici à la fin de l’année, le projet sera voté ou non, avec des premiers coups de pioche potentiels en 2022.