(photo Christophe Bou)
(photo Christophe Bou)

Un orage de grêle a violemment touché ce week-end les vignobles de Gaillac et Buzet, endommageant fortement certaines parcelles qui auront du mal à produire du raisin cette année voire l’année prochaine.

Un orage de grêle a ravagé sans prévenir une grande partie du vignoble de Gaillac dans le Tarn au cours de la nuit du vendredi 12 au samedi 13 juin vers 1h, impactant plus d’un millier d’hectares de 30 à 80%. “l n’était pas annoncé et arrive tôt en saison, déplore Christophe Bou, président du GIE Vignerons du Gaillacois et président de l’Interprofession des Vins du Sud-Ouest (IVSO). Nous sommes plus habitués à ce genre d’aléas climatiques en juillet-août et de plus, les orages de grêle la nuit sont assez rares ; ils tombent plutôt la journée quand les écarts de températures sont plus importants, et il semble que le rayon d’impact soit de plus en plus large. Les feuilles ont été déchirées mais ne sont pas tombées ; en revanche, les grappes, en avance d’une quinzaine de jours pour la saison, ont été très impactées”. L’orage est arrivé par Confouleux à l’est du vignoble avant de remonter en intensité variable sur Rabastens, Montans, Brens, est passé sur les contreforts de Gaillac pour se diriger vers Senouillac touchant les deux rives du Tarn. “Le vignoble était magnifique avec de belles sorties précoces cette année, commente Cédric Carcenac, le président de l’appellation Gaillac, Il y aura évidemment des pertes de rendements sur la récolte mais la bonne maîtrise du vignoble devrait écarter les risques de maladie et la qualité sera là”. Le vigneron en profite néanmoins pour rappeler l’importance d’être assuré car “il n’y a aucune aide à attendre de l’état et grêles et gels sont de vrais fléaux collectifs. Seule une poignée de domaines ici sont assurés et il devient urgent de réfléchir à un système mieux adapté ; ce sera d’ailleurs le sujet majeur de la prochaine PAC. C’est un levier de sécurisation économique mais actuellement calculé sur des moyennes de récolte très fluctuantes d’une année sur l’autre”.

Des secteurs très matraqués

Un peu plus tôt dans la soirée, l’orage avait frappé le vignoble de Buzet dans le Lot-et-Garonne, une dizaine de minutes de grêle très violente aux alentours de 21h. “A 20h, j’avais eu le chef d’exploitation du château de Gueyze que nous gérons, me disant qu’il avait fini les traitements et que tout allait bien, raconte Pierre Philippe, le directeur des Vignerons de Buzet. A 21h, après une intensité de grêle rarement vue, il ne restait que peu d’espoir de récolte sur certains secteurs très matraqués et même en 2021 car on va devoir tailler court des pieds très abîmés”. C’est au total 820 hectares qui ont été touchés dont près de 260 à plus de 90%, 180 entre 60 et 90%, 400 entre 20 et 60%, soit 40% du vignoble de 1920 hectares actuellement en production. L’orage a touché le vignoble de Xaintrailles à Buzet en s’engouffrant dans la vallée de Montgaillard et Vianne, “les secteurs les plus touchés et hélas là où se situe le potentiel de rendements les plus importants de la cave, complète Pierre Philippe. De plus, notre vignoble expérimental de Buzet a beaucoup souffert”. Ce week-end, le vignoble a été traité au sulfate de cuivre pour la cicatrisation. Difficile à l’heure actuelle d’avoir une idée précise de l’impact économique sur les exploitations mais la coopérative estime qu’elle devrait quand-même rentrer suffisamment de raisins pour produire des rosés et approvisionner les rouges en complétant avec les stocks. Mais ce qui fait le plus enrager Pierre Philippe, c’est que “cet épisode va ralentir le passage en bio alors que nous étions en train de passer à l’étape supérieure car la grêle va forcément impacter les revenus ds vignerons et leur capacité financière pour aller vers la transition écologique”.