(crédit photo : Château Vignelaure)
(crédit photo : Château Vignelaure)

Le gel n’a pas épargné la Provence qui a été touchée sur quasiment tous les secteurs, causant des dégâts sur les vignes, les arbres fruitiers et les lavandes. L’épisode de gel, en particulier dans la nuit de mercredi 7 à jeudi 8 avril, a frappé une grande majorité du Var.

Le gel a été particulièrement violent cette année dans le Var avec des records enregistrés autour de Brignoles et Bras, à -7°C, -8°C a Rians, jusqu’à -9,6°C a Ginaservis dans la région du Verdon. En 2020, les gelées de fin mars étaient tombées à -5,-6°C et avaient principalement affecté les grenaches et les tibourens. Il en avait résulté une récolte à moins de 900.000 hl de vin dans le Var, parmi l’une des plus petites depuis 20 ans. Les gelées 2021 ont été particulièrement dévastatrices dans le centre et le haut-Var mais elles ont également grillé des bourgeons sur la bande littorale autour de Hyères et La Londe jusqu’à Bandol, Cogolin et Saint Tropez, même si les températures étaient moins basses (-2º a -3ºC en bord de mer). Des records pour le mois d’avril. « On ne sait pas ce qui va repartir et on a du mal à évaluer les dégâts d’autant qu’on parle d’un nouveau refroidissement possible la semaine prochaine, avoue Marine Balue, conseillère Viticulture à la Chambre d’agriculture du Var. En 2020, c’était déjà plus de 80 communes qui avaient été touchées. Malheureusement, les cellules de crise dues à la météo deviennent habituelles ».

Un mauvais alignement des planètes

« C’est déprimant et surtout inédit dans un secteur tardif comme le nôtre mais la grande chaleur d’avant Pâques déjà inédite a 28°C avait fait débourrer brutalement nos grenaches et même les vieux cinsaults et une belle parcelle de rolle, raconte Nicolas Bretton du château Mentone à Saint Antonin du Var près de Lorgues. Les dégâts sont très variables selon les parcelles mais aucune n’a été épargnée et au premier aperçu, ils sont plus importants sur celles au soleil levant. C’est un mauvais alignement des planètes avec une conjonction de facteurs aggravants, des grosses chaleurs avant un gros coup de froid, l’humidité qui était remontée, des températures très basses et le vent qui tombe. Il n’y avait rien à faire ! La campagne s’engage difficilement au milieu d’une année déjà trop compliquée »…


(crédit photo : Château Vignelaure)

En Coteaux d’Aix, quelques domaines ont été épargnés mais avec des parcelles touchées ça et là. Au Château Vignelaure, les grenaches et quelques syrahs ont grillé mais heureusement beaucoup de vignes n’avaient pas démarré, notamment les cabernets sauvignons. « On a essayé de lancer l’aspersion pour créer une gangue de glace qui reste à 0º autour du bourgeon mais le canon à maïs, c’est trop brutal et irrégulier, reconnaît le directeur général Philippe Bru. On va peut être perdre 30 à 40% de la récolte mais tout va dépendre comment la vigne récupère dans les prochaines semaines, en espérant que ça ne regèle pas. Le plus pénible, c’est de geler deux années de suite car les grenaches prennent sérieusement dans leurs réserves ».

Réfléchir à une combinaison de solutions

Autour de Cotignac, la température est descendue à -7° pendant plus de 4h avec une deuxième morsure le lendemain a -3°C. « Ici, les bougies coûtent trop cher à l’hectare au vu du prix des vins alors on a choisi de brûler du mauvais foin en décomposition qui dégage beaucoup de fumée « , explique Albéric Philipon du domaine Carpe Diem qui réfléchit à toutes les combinaisons possibles comme des couverts végétaux très haut ou très bas pour capter le point de rosée au-dessus ou au-dessous des vignes, l’arrêt du travail des sols en mars-avril pour retarder le débourrement, la prochaine installation d’une éolienne discrète pour gagner 2° combinée avec le brûlage des ceps arrachés au pied de l’appareil… éIl faut échanger le plus possible avec d’autres vignerons. Sur un forum, j’ai entendu parler de brancher l’échappement du tracteur sur le pulvérisateur pour réchauffer les vignes ». Mais à des températures aussi basses que cette année, peu de solutions même s’il faut faire feu de tout bois. En 2018, des militaires volontaires de la base aérienne du Cannet des Maures étaient venus en renfort pour aider à allumer des ballots de paille « mais finalement, c’est surtout une question d’organisation et cette année, j’ai pu disposer seul une quarantaine de tas en une journée que j’ai allumé dans la nuit avec mon fils de dix ans mais ça n’a pas suffi… »

La Chambre d’agriculture du Var présidée par Fabienne Joly a ouvert une cellule de crise dès jeudi (04 94 99 75 21 ou crise@chambagri.fr) pour le recensement en ligne des sinistrés. La Région Provence-Alpes-Cote d’Azur a d’ores et déjà annoncé vouloir « débloquer immédiatement une enveloppe de 500 000 euros pour venir en aide aux agriculteurs les plus touchés, selon un communiqué du président Renaud Muselier. Ces montants financiers devront permettre de venir en aide à tous ceux qui ne seront ni concernés pleinement par les aides d’État, ni par les dispositifs d’assurances classiques ».


(crédit photo : Carpe Diem)