(photos I. Bachelard)
(photos I. Bachelard)

Cette année 2018 restera dans les annales du domaine de la Charmoise. Henry Marionnet, le pape du gamay en Touraine, arbore un grand sourire à mi-vendange. Ses sauvignons sont rentrés et les gamays sont exceptionnels. Le millésime se présente formidablement.

« On voudrait bien un peu d’eau » se plaignait Henry Marionnet devant des vignes superbes, mais « qui peinaient à mûrir ». Ceci était le 30 août à Soings-en-Sologne, dans le domaine familial de Touraine – dirigé depuis plusieurs années par son fils Jean-Sébastien, mais qu’il ne quitterait pour rien au monde au moment crucial des vendanges. Aujourd’hui que les raisins blancs de sauvignon sont dans les cuves, il ne se plaint plus. Il voit les premiers gamays rentrer parfaitement mûrs, sains, et en quantité. Que demander de plus ?

Des conditions exceptionnelles

La plupart du temps à la fin de l’été, à mesure que les vendanges approchent, Henry Marionnet est inquiet. On hésite à l’aborder. Il scrute ses jeunes vignes, surveille les plus anciennes, les pré-phylloxériques comme les franches de pied, il guette la météo, il se pose des questions. Cette année le 30 août, à quelques jours des premières coupes, il était étonnamment décontracté. Il faut dire qu’il était même surpris du bon état de ses vignes « qui n’ont pas l’air de souffrir ». Les feuilles sont encore bien vertes, les raisins sont de belle taille. C’est incroyable, car il y a des semaines qu’il fait une chaleur caniculaire et qu’il ne pleut pas. Un ou deux millimètres sont tombés ces derniers jours, à peine de quoi laver la poussière sur le feuillage.

Des vendanges bien préparées

Lorsqu’on voit les grappes bien rangées sur les ceps, on se dit qu’on aimerait bien vendanger ici, car cela a l’air facile : les grappes se voient bien, elle ne se touchent pas. Il est vrai que la vigne a été effeuillée pour que les raisins soient exposés à la lumière et finissent de mûrir. On comprend aussi combien la qualité du vin se joue dès l’hiver, lorsque les tailleurs connaissent leur métier et coupent aux bons endroits, afin que les grappes se développent régulièrement sur les cordons.

Rien n’est totalement joué

« Rien n’est totalement joué. Il faut encore deux semaines de beau temps » rappelle Henry Marionnet. C’est que le domaine compte 65 ha, principalement en appellation Touraine autour de sa maison et qu’après le sauvignon et les gamays, il y aura encore le rare romorantin à ramasser, le tout exclusivement à la main. Les vendanges ont longtemps été assurées par des femmes du coin, d’origine turque mais maintenant c’est une équipe de Bulgares, une cinquantaine, qui joue du sécateur. Et qui joue bien, car elle est dirigée par un Bulgare qui a jadis travaillé au domaine et qui connait l’exigence des Marionnet. Henry, un autodidacte qui appris le métier dans les vignes avec son père et seul avec les livres, aborde sa 49è vendange avec modestie : « Jamais deux millésimes ne sont pareils. On est confronté à la nature et on doit l’accepter, qu’elle qu’elle soit » Après deux années de petit volume à cause du gel, la vigne se rattrape et offre une généreuse récolte. Une bonne nature.