Vendanges de cabernet à Blaison-Gohier au domaine Escogriffe (photos I. Bachelard)
Vendanges de cabernet à Blaison-Gohier au domaine Escogriffe (photos I. Bachelard)

En Anjou les vendanges s’étendent toujours sur plus d’un mois. Avec plus d’une demi-douzaine de cépages, les vignerons disposent d’une large palette pour élaborer leurs vins des trois couleurs. La vendange commence par les bulles et les rosés : 2020 se présente idéalement.

“Heureux comme un vigneron angevin en septembre 2020” remplacera-t-il la fameuse “douceur angevine” célébrée par Joachim Du Belley (1522-1560) ? C’est possible si l’on se fie et à la bonne humeur qui règne en Anjou depuis les derniers jours d’août. Sous le masque qui orne leur visage, on devine le sourire des vignerons comme des vendangeurs.

Daniel Macault au Domaine des 2 Moulins à Juigné-sur-Loire se réjouit d’avoir pour la première fois de sa vie vendangé dès le 1er septembre : “Pour le crémant et le rosé, on le sait déjà, c’est beau et bon, je suis content”. A la tête de 70 hectares en 2è année de conversion biologique, il apprécie le grolleau, cépage historique dont il fait un vin sec et fin, celui qui porte l’appellation rosé de Loire. C’est la plus jeune des AOP rosées de la Loire (1974), donc il y a fort à parier que son grand-père le vinifiait différemment.

Aujourd’hui, le rosé de Loire, principal vin sec de cette couleur dans la région, ne représente qu’une part minime des rosés, même s’il est en constante progression, comme l’indique Pierre Leblanc, du domaine Les Closserons à Faye d’Anjou, à qui “on réclame le rosé de Loire en magnum”. La tradition est dans le Cabernet d’Anjou, un demi-sec dont plus de 42 millions de bouteilles désaltèrent chaque année les buveurs avides de gourmandise. Il est fait exclusivement à partir des cépages cabernets – cabernet franc surtout, avec parfois du cabernet sauvignon. Sa douceur varie d’une cave à l’autre, 25 g pour les plus “modernes”, autour de 45 pour d’autres, qui équilibrent souvent la douceur en laissant un peu de gaz carbonique à la mise en bouteille.

Deux semaines d’avance sur le cabernet

Au domaine Cady, propriété historique de Saint-Aubin-de-Luigné, on a commencé les cabernets le 11 septembre avec deux semaines d’avance. “Cette vendange précoce est idéale, beaucoup mieux que l’an dernier où le stress hydrique avait ratatiné une partie des raisins” déclare Alexandre Cady. Les raisins que l’on voit sont en effet magnifiques, parfaitement mûrs et sains. Il faut dire que le domaine bénéficie d’une situation exceptionnelle, avec une section de 18 ha autour de la cave. La biodiversité, naturelle, saute aux yeux. On s’y permet des jachères de 7 ans…

Diversité de cépages

En Anjou Saumur, les vendanges sont le plus souvent mixtes, machine quand c’est possible, manuelles quand il le faut, ce qui donne une certaine souplesse de calendrier. L’autre chance de la région, c’est la diversité des cépages et des vins qu’on veut en faire. On le remarque au bord des routes, en voyant les différences de couleur de raisins et de feuilles. Bien sûr qu’on ne cultive pas de la même façon si l’on veut faire un rouge de garde ou un rosé de primeur, un crémant ou un coteaux-du-layon moelleux.

De la fraicheur pour les rosés

Pour les rosés, garder de la fraîcheur est indispensable. Jean-Christophe Bonnin, à Martigné-Briand, explique pourquoi les vendanges doivent avancer : “Le temps est sec, tout va très vite, ça murit et ça concentre, pour ne pas perdre d’acidité, il faut accélérer”. Valentin Chauviré du domaine du Bon Repos à Chemillé-en-Anjou est tout à fait d’accord. D’autres sont moins pressés, comme Jean-Louis Lhumeau aux Hautes Ouches à Brigné, fier d’être toujours le dernier à vendanger, qui déclare : “Il n’y a pas d’oïdium, pas de pourriture, c’est lent et je veux que les degrés montent un peu. Un peu de pluie ferait du bien. Mais pas trop”.

Les différents rythmes de maturation sont dus aux pluies de la fin août, bienvenues, mais qui n’ont pas arrosé partout de la même façon, entre 30 et 80 mm selon les zones. En 2020, la plupart des appellations ont réduit leur rendement, ce qui ne devrait pas demander de sacrifice aux vignerons, car la sécheresse de l’été a naturellement abaissé les volumes.