(photo Jean-Michel Brouard)
(photo Jean-Michel Brouard)

Les vendanges sont en train de se terminer dans le Rhône nord avec un sentiment général très positif au regard des raisins rentrés et des premières fermentations.

« En 2015, la nature a été excessivement généreuse. Tout était bon partout. Cette année, c’est très différent, nous avons eu un vrai millésime de vigneron mettant en valeur chacun de nos terroirs ». Quand c’est Jean-Louis Chave, le très humble mais génial magicien de l’Hermitage qui porte ce regard sur 2016, on ne peut qu’écouter religieusement. Il est vrai que l’année a été très curieuse. La quasi-absence d’hiver avec des températures clémentes a eu pour effet de lancer le cycle végétatif de la vigne très tôt. « Chez nous, les amandiers étaient en fleurs en janvier, du jamais vu ! » poursuit Jean-Louis Chave. Une précocité rare qui a eu des conséquences dramatiques lorsque la grêle s’est abattue sur la colline de l’Hermitage le 17 avril, déchiquetant les jeunes pampres notamment sur les secteurs de blanc. Là encore, il s’agit d’un record de précocité pour un tel orage dans le secteur.

Si les autres appellations rhodaniennes septentrionales ont été épargnées par ce phénomène, que ce soient les secteurs de Côte-Rôtie, Saint-Joseph ou bien encore Cornas, la pression des maladies cryptogamiques a, pour sa part, été forte un peu partout. Cette année, la palme revient au mildiou qui s’est délecté de l’humidité ambiante jusqu’en juin pour causer d’importants dégâts. Guillaume Gilles en a particulièrement souffert à Cornas, notamment dans toutes les vignes relativement abritées en pied de coteau. « De manière assez inhabituelle, la syrah a également été très touchée alors que nous connaissons habituellement plus de poussées d’oïdium, en revanche relativement discret cette année ». Un sentiment partagé par Jean-Louis Chave en Hermitage et, dans une moindre mesure par Jean-Paul Jamet en Côte-Rôtie. Heureusement, tous ont profité d’un été sec et chaud qui a drastiquement assaini les vignes, leur permettant de connaître une croissance harmonieuse. Sur tout le Rhône nord, les 30 mm de pluie tombés le 20 août ont été miraculeux, apportant jusque ce qu’il fallait d’eau pour permettre d’atteindre de belles maturités équilibrées.

« La hiérarchie des terroirs retrouvée »

L’été indien de septembre a permis d’aborder les vendanges avec une certaine sérénité. Les premiers coups de sécateurs ont été donnés dans le sud, à Cornas, le 19 septembre. Ce fut même un peu plus tôt du côté des blancs de la colline de l’Hermitage. Les Jamet sont quant à eux sur le point de terminer leurs vendanges sur Côte-Rôtie avec le sentiment d’avoir été très chanceux cette année. Comme dans les autres appellations du Rhône nord, l’état sanitaire des raisins est parfait, les premiers jus se montrent moins gourmands qu’en 2015 ou en 1991 mais Jean-Paul Jamet s’avère satisfait, avec « de belles couleurs, des extractions de qualité même si les jus paraissent plus fermes que prévus ».

Jean-Louis Chave insiste pour sa part sur les équilibres souverains qu’il observe ainsi que sur la densité de matière intéressante. La surprise du côté de Cornas chez Guillaume Gilles se situe davantage sur la limpidité des jus, « tellement nette que les vins semblent avoir été filtrés ». Une conjonction de facteurs favorables pour produire de très beaux vins. Difficile de se prononcer dès aujourd’hui sur la qualité future des vins mais tous affichent une confiance de circonstance en dépit de rendements parfois encore en berne, avec presque -70% sur les blancs et -50% sur les rouges en Hermitage, une demi-récolte également sur Cornas. A ce niveau, Côte-Rôtie semble plus épargné.

Les amateurs de blancs devraient se réjouir car du côté de Condrieu, les vins présentent une grande fraîcheur portée par une très belle trame aromatique. Plus généralement, le millésime 2016 a remis les choses en place par rapport à un 2015 très (trop ?) généreux partout. « 2016 sera marqué par une vraie hiérarchie entre les terroirs, les expositions. Il y aura bien plusieurs divisions différentes de vins. Sur les grands terroirs, ce sera certainement très grand » concède Jean-Louis Chave. Un sentiment partagé chez les Jamet où l’on constate dès à présent une belle expression du terroir, une vraie diversité entre les parcelles quand 2015 avait lissé l’ensemble. Un millésime de vigneron en somme, marqué par la typicité de chaque parcelle. L’un de ces millésimes moins starisés que 2015 mais que les vignerons portent plus en estime. A suivre donc de très près dans les prochains mois.