(photos I. Bachelard)
(photos I. Bachelard)

En France, la saison des vendanges se termine avec l’Alsace, qui clôt l’année avec ses vendanges tardives et sélections de grains nobles. Des volumes dans la moyenne et une belle qualité sont au rendez-vous en 2020.

A l’issue de vendanges commencées le 24 août, au 15 décembre, les chiffres sont quasiment définitifs pour les vendanges tardives (VT) et sélections de grains nobles (SGN), les deux raretés qui caractérisent l’Alsace. En 2020, les quantités sont dans la bonne moyenne, 12 587 hl, une moyenne modérément parlante puisque ces vins dépendent des conditions particulières de la fin de saison. En 2019 par exemple, la récolte de VT et SGN s’est effondrée à 5 198 hl, parce qu’il s’est mis à pleuvoir juste au moment où le gewurztraminer aurait dû commencer à arriver en surmaturité ou en pourriture noble. Et le gewurztraminer est le premier cépage alsacien pour les VT et les SGN.

Que les amateurs se rassurent, ces vins moelleux ou liquoreux ne manqueront toutefois pas car ce sont des vins qui se conservent et s’améliorent avec les années. La récolte 2018 a été généreuse, de même que celle de 2015 et celle de 2011, dont on trouve, entre autres, de beaux exemples à la vente.

Trois contrôles pour être VT ou SGN

L’AVA, l’Association des viticulteurs d’Alsace est l’organisme en charge du contrôle strict de l’obtention des VT et SGN. Un de ses techniciens, Henri Nicod explique la qualité de l’année : “L’année se présente bien, car l’acidité était bonne, les pinots gris sont montés très vite et ensuite il a fallu attendre car la pourriture noble a mis beaucoup de temps à s’installer”. Les vignerons ont dû faire preuve de patience et dans l’ensemble, ils n’ont pas gardé de très grandes surfaces, car les vins “classiques” se présentaient très bien. Et ils en ont la demande.

Henri Nicod et son équipe assurent les deux premiers contrôles, au moment de la récolte. Chaque vigneron qui veut élaborer un VT ou SGN prend rendez-vous avec l’AVA qui envoie quelqu’un le jour de la vendange mesurer le degré potentiel et le volume de raisins du lot. Un agent revient le lendemain, avant le début de la fermentation, à la sortie du pressoir pour vérifier que les chiffres correspondent, autant en sucre qu’en volume. Chaque année, des cuves sont refusées. Le dernier contrôle se fait par un jury qui décide à la dégustation si le caractère organoleptique du vin est conforme. Même si les chiffres sont bons sur le papier, cela ne suffit pas toujours.

Moins de 2% de la production alsacienne

L’ensemble des vins de vendanges tardives représente entre 1 et 2% de la production alsacienne et cette année les SGN seront particulièrement rares (10% de ce 1-2%) du fait du peu d’humidité du mois de novembre. Nombre de vignerons n’auront pas jugé utile d’attendre et se seront satisfaits de bonnes vendanges tardives. C’est le cas de Jacky Barthelmé, du domaine Albert Mann, qui rappelle que “ces vins, on ne peut pas en faire beaucoup tous les ans”. Il en a fait plus en 2019. En 2020, il se satisfait d’un pinot gris ramassé très tôt en passerillage et d’un riesling Rosenberg en trois passages, dont les deux derniers avec botrytis. Il faut dire qu’il a aussi mis sur claies des raisins qu’il va bientôt presser et vinifier dans l’esprit d’un vin de paille. Ce vin sera sans appellation, mais non sans origine.