Hervé Durand est Appius, vigneron gallo-romain, dans un livre retraçant l’épopée de la viticulture antique paru ce week-end. L’auteur y raconte l’aventure du Mas des Tourelles en Costières de Nîmes, site gallo-romain expérimental unique au monde qui depuis trente ans, ressuscite les vins des Romains.

Alors que les vendanges se finissent en Languedoc-Roussillon, les « vendanges romaines » du Mas des Tourelles ont eu lieu au 10e jour des calendes de septembre, le dimanche 10 septembre. Une journée d’effervescence pour la production des vins archéologiques de ce domaine historique de l’appellation Costières de Nîmes (AOP Costières, Côtes du Rhône gardoises et IGP Pays d’Oc), les grappes de clairettes arrivant par paniers avant d’être déversées dans un calcatorium (fouloir) pour être foulées au pied par des bénévoles. Ce rituel est reconduit chaque année depuis la découverte, en 1985 lors de fouilles archéologiques au milieu du vignoble, des vestiges d’un atelier de potiers.

« Des amphores fabriquées aux Tourelles ont été retrouvées dans le port d’Ostie en Italie, en Allemagne, en Angleterre, etc., ce qui atteste que mon prédécesseur exportait déjà ses vins au 1er siècle après J.-C. dans tout l’empire romain », se réjouit Hervé Durand, vigneron à la tête de cette propriété viticole historique située sur les vestiges d’une ancienne villa romaine dans les environs de Beaucaire, dans le Gard. C’est cette découverte qui a amené une équipe de chercheurs du CNRS à implanter à partir de 1994 au Tourelles, un site expérimental unique au monde pour la compréhension de la viticulture antique.

Un chai de vinification antique

Dans un livre paru ce week-end à compte d’auteur, Hervé Durand retrace cette épopée archéologique et scientifique, à travers le parcours d’un citoyen romain, Appius Agdennius Laevinus, jeune officier de l’armée romaine devenu vigneron. L’œuvre est fictionnelle mais l’approche est technique, basée sur les textes d’auteurs latins qui ont permis la reconstruction aux Tourelles d’une cella vinaria, un chai de vinification suivant un modèle romain décrit par Caton, en état de fonctionner.

« Le vin est inventé 5000 ans avant J.-C. dans le bassin méditerranéen, explique Hervé Durand. Au-delà de la transmission orale, il existe toute une littérature romaine (Columelle, Pline, Palladius, etc.) qui nous apprend beaucoup sur la façon dont on cultivait la vigne, dont on vinifiait et aromatisait les vins. C’est à partir de ces textes que nous avons réuni toutes les sources pour faire aux Tourelles du vin à l’antique. »

Nectars antiques

Car la propriété produit trois nectars à partir de recettes romaines : le « Mulsum » (littéralement miellé), un vin rouge allongé de miel, de plantes aromatiques et d’épices rappelant les vins jaunes du Jura ; le « Turriculae », un blanc sec élaboré selon une recette très précise de Lucius Columelle, intégrant de l’eau de mer, de l’iris, ou du fenugrec au goût prononcé de noix (l’équivalent romain du goût boisé pour assurer des constances de goût) ; enfin le « Carenum », un vin liquoreux aux arômes de coing et de pêches confites.

Si le livre donne des informations précises sur la façon de manager sa villa et y planter 100 jugères de vignes, sur les traitements effectués à la vigne pour éviter les maladies, il faudra se rendre aux Tourelles pour découvrir le goût si particulier, de ces trois nectars antiques.

« Appius, vigneron gallo-romain », Hervé Durand, 17 euros.
Mas des Tourelles
4294 Route de Saint-Gilles, 30300 Beaucaire
Tél. : 04 66 59 19 72
tourelles.com