Plénitudes P1, P2 et P3 : sous ces noms de code, Dom Pérignon orchestre la mise en marché de vieux millésimes à différentes phases de consommation optimales.

Le vieillissement est un thème cher à Dom Pérignon
, champagne produit uniquement en millésimé, qui possède un potentiel de garde hors du commun. « Le temps est au cœur de l’équation Dom Pérignon, lance Richard Geoffroy, chef de caves. En apparence immobile dans l’obscurité de la cave, dans le lent parcours de la maturation sur les lies, paradoxalement le vin vit une dynamique décisive. Il se métamorphose, il se magnifie ».

Arrivé chez Dom Pérignon dans les années 90, il développe tout d’abord l’oenothèque puis ses observations l’amènent peu à peu sur la notion de plénitudes. « Le vin n’évolue pas de manière linéaire mais par paliers où il parvient à une forme de plénitude, reprend t’il. Sur les Bordeaux ou les Bourgognes, on voit aussi des paliers, mais les vins tranquilles n’évoluent que de leur fruit, alors que les champagnes murissent activement grâce aux levures. » En ce sens, ces bouteilles non dégorgées où le vin est en contact avec les lies s’affinent de manière tout à fait différente des bouteilles clarifiées-filtrées-commercialisées que vous conservez peut-être dans vos caves.

3 plénitudes pour Dom Pérignon

La Première Plénitude ou P1 est obtenue à partir de 9 ans et plus d’élevage. « Elle matérialise l’équilibre accompli bien plus que la fraîcheur et de la jeunesse du vin », souligne-t-on chez Dom Pérignon.

P1 correspond actuellement au millésime 2004 (130 €), un champagne jaune paille très brillant aux reflets presque verts qui combine des arômes végétaux et fruités (menthe, pamplemousse, abricot) à une facette plus toastée (brioche, notes grillés) et en bouche une tension iodée minérale très droite qui donne l’impression d’un vin en apesanteur.

P2 est la Deuxième Plénitude après plus de 15 ans d’élaboration. « Elle incarne l’énergie de la métamorphose. […] Le vin est intense, vibrant et précis »
Le 1998 (350 – 400 €) actuellement mis en marché est un vin complexe, d’une couleur plus intense sans basculer pourtant vers l’or. La gamme aromatique est encore plus riche, pâtissière (amande, cédrat et orange confits, panetone, brioché), les épices vanillées et pourtant une minéralité presque graphite. Le vin démarre crémeux puis évolue avec une vague et un pic d’énergie en bouche qui lui donnent une amplitude à la fois saline et fumée. La finale est fraîche et salivante.

P3 enfin est la Troisième Plénitude après 25 à 40 ans. « L’architecture du vin s’est progressivement épurée autant qu’elle s’est enrichie […]. C’est l’essence même de Dom Pérignon. » Le vin n’évolue plus à ce stade que très lentement et plusieurs millésimes (1000 à 2000 € selon les années) sont en phase P3.

1982 par exemple rappelle certains vieux vins blancs de Bourgogne. La bulle est discrète. Le vin évoque les feuilles sèches, les sous-bois (non humides), le malt grillé, le mélange de fruits secs, le caramel, la tourbe. La bouche est ronde et crémeuse, elle reste ferme et sans lourdeur, même si le vin a clairement basculé dans le tertiaire.

Si aujourd’hui l’essentiel des bouteilles sont vendues en P1, à terme, Dom Pérignon aimerait développer P2 et a entamé pour ce faire une politique de mise en réserve et stockage.

J.W.B.