En marge du concours ASI de Meilleur Sommelier du Monde, le château de Beaucastel, fleuron de Châteauneuf-du-Pape, tenait une master class de grand prestige pour les nombreux sommeliers présents à Anvers. Une verticale de huit millésimes de la cuvée emblématique « Hommage à Jacques Perrin ».

Pour tous les amateurs de vin, Beaucastel est un nom familier. Il évoque les grands vins de Châteauneuf-du-Pape et, par extension, les beaux terroirs du Rhône méridional. Il évoque aussi une famille, la famille Perrin, qui depuis plusieurs générations a su écrire avec constance une belle histoire dont l’un des plus récents chapitres est la collaboration avec Brad Pitt et Angelina Jolie autour de Miraval. Aux antipodes des aventures hollywoodiennes, il y a les racines, il y a le terroir, il y a les décennies de patience et de transmission qui permettent de signer des grands vins.

A ce titre, la cuvée la plus emblématique de la famille Perrin, la cuvée phare de Beaucastel, est « Hommage à Jacques Perrin ». Jacques Perrin, l’aïeul, le pionnier, la figure fondatrice qui eut l’inspiration d’aller vers l’agriculture biologique dans les années 1950 et la biodynamie dans les années 1970. En 1989, la famille veut produire une cuvée en hommage à cet homme. Un vin produit uniquement les années exceptionnelles, issu principalement de très vieux mourvèdres, 60 à 80% de l’assemblage, associés à du grenache et de la counoise. Un vin précieux, un vin rare, produit à 7000 bouteilles maximum – l’équivalent d’un foudre – et mis en marché… par la place de Bordeaux (prix public indicatif 350 €).

Proches de la sommellerie et de la gastronomie

C’est cette cuvée d’exception que Matthieu Perrin est venu faire déguster lors d’une Master Class organisée en marge du concours de Meilleur sommelier du monde, qui se déroule à Anvers, un événement dont la famille Perrin est partenaire. « Notre famille est naturellement proche du monde de la sommellerie et de la gastronomie », explique-t-il (le restaurant l’Oustalet à Gigondas, propriété de la famille Perrin, vient de décrocher un macaron au Michelin, NDLR). « Nous voulons que nos vins soient servis sur les plus belles tables du monde et aient les meilleurs ambassadeurs, et il nous paraît logique de venir à la rencontre de l’élite des sommeliers qui est réunie cette semaine à Anvers. C’est pourquoi nous avons voulu être partenaires du concours et organiser cette Master Classen en huit millésimes autour de notre cuvée phare. J’ajoute que la Belgique a toujours été un grand pays d’amateurs de vin. On y a longtemps trouvé les plus belles caves du monde, et même si aujourd’hui il y a l’Asie et d’autres nouveaux marchés, nous sommes heureux d’être au cœur d’un tel événement, en Europe. La vraie fête du vin, elle est cette semaine à Anvers ».

Écouter Matthieu Perrin parler de la cuvée « Hommage à Jacques Perrin », c’est un peu entrer dans l’intimité d’une famille qui a contribué – et contribue encore – à écrire la grande histoire de Châteauneuf. Une histoire de mourvèdre mais aussi de grenache (et de counoise), le mourvèdre tardif et réducteur contre le grenache précoce et tardif, qui ensemble donnent à ce grand vin une classe à l’épreuve du temps.

Dégustation

Hommage à Jacques Perrin 1989. Le premier millésime de cette cuvée. Un vin qui n’est plus jeune homme mais démontre encore une belle vigueur. Un nez un peu liquoreux, déclinant des notes d’évolution (sous-bois, truffe, viande séchée, cuir, tabac, touche de café…) et délicatement réglissé. Une bouche encore juteuse, caressante, portée par une très belle tension, un côté longiligne malgré la sensualité de la texture. Beaucoup d’équilibre et d’amabilité dans ce vin à la finale mentholée, qui dure des lustres. C’est fin, élégant et frais. Inoubliable. On le servira sur un plat simple mais de très haute qualité, une très belle volaille ou un canard au sang.

Hommage à Jacques Perrin 1995.
De l’avis même de Matthieu Perrin, si 1989 était un millésime « catholique », 1995 serait son pendant « protestant ». Comprendre plus austère, moins emphatique, mais non dénué de ferveur. Un nez presque sur la retenue mais très stylé, une bouche droite dans ses bottes, franche, un fruit net, sans explosion mais bien défini. Un vin au style monolithique bien qu’étant touours dans une forme d’understatement. On le boira sur un beau chou farci.

Hommage à Jacques Perrin 1999. Un nez un peu exotique, camphré, avec des arômes de cachou, d’encens, un côté cuir de Russie, un peu fumé. Quelques notes de cacao et de prune confite. En bouche le fruit est salivant, suave, l’ensemble est tonique et bien équilibré. C’est un vin entre deux âges, qui a encore un fruit bien présent, une jolie énergie, et évolue déjà vers du tertiaire. A servir avec un bœuf en croûte.

Hommage à Jacques Perrin 2000. Un côté beaucoup plus juvénile que le 1999 Un nez légèrement torréfié, sur des notes d’épices et de cuir, encore, un côté un peu sauvage, sénescent. On perçoit de premières notes de champignons, voire de truffes. La bouche est dense, juteuse, soyeuse, vivace. Beaucoup d’onctuosité dans le matière, mais surtout beaucoup d’éclat, de vibration, un côté brillant et frais. De la garrigue et un côté fleur fanée. Ce vin est encore si jeune ! On peut le servir sur un plat puissant, du lièvre à la royale par exemple.

Hommage à Jacques Perrin 2005. Un peu fermé à la dégustation, ce 2005 ne se donne pas totalement. Il se mérite. Matthieu Perrin raconte un millésime singulier, entre soleil, mistral et températures parfois fraîches en été. De fait, on est face à une belle concentration, une bouche très dense, sur la puissance contenue. On devine une bille de fruit(s) qui attend d’exploser. A attendre résolument, mais à en juger par son profil à la fois puissant et tranchant, il ira sans doute très bien sur un beau gibier à plumes comme une bécasse.

Hommage à Jacques Perrin 2007. Ce ne sont pas les millésimes les plus exubérants qui traversent les ans avec le plus de grâce. Ce 2007 se distingue par son profil très floral, un côté garrigue sauvage, mûre, mais comme rincé par une pluie printanière. C’est un vin délicat, droit, qui affiche des tanins encore fermes et demande à s’assouplir un peu mais décline un profil très séduisant. On aime les très beaux amers en finale. A tenter sur un accord terre-mer, pourquoi pas un cochon avec sauce aux coques.

Hommage à Jacques Perrin 2009. Un premier nez extrêmement séducteur, pulpeux, sexy en diable, tout en courbes et volupté. Le second nez le confirme, percutant, direct, presque entêtant, entre mûre, iris, un fruit qu’on a hâte de croquer. La bouche est somptueuse, sphérique, souple, suave, vibrante, pleine de jus et de gourmandise, veloutée, tapissante sans excès. C’est un vin très sensuel, qui ne peut que charmer. A servir sur un agneau de sept heures aux épices.

Hommage à Jacques Perrin 2015. Voilà un vin encore bien jeune, comme tous ses prédécesseurs des années 2000. Sa couleur noire teintée de violine, son nez de fruit noir intense, corsé, sa bouche concentrée, sanguine, ses tanins de grande races qui demandent à être assagis par la garde, son très bel équilibre d’ensemble… Tout laisse entrevoir un superbe millésime qu’on a hâte de déguster dans vingt ou trente ans. Ce sera un grand châteauneuf assurément.

Note de la rédaction : une erreur s’est glissée dans le supplément de notre magazine (numéro 58) dédié au concours de Meilleur Sommelier du monde et en particulier dans la partie dédiée aux partenaires du concours. La famille Perrin de Beaucastel a été confondue dans cet article par la famille Perrin du château Carbonnieux à Bordeaux. Nous présentons nos excuses aux intéressés, ainsi qu’aux lecteurs, pour cette confusion.