Après le gel d’avril, la grêle d’août a frappé dimanche après-midi. Pour sauver ce qui peut encore l’être, les propriétés impactées mobilisent les forces vives pour récolter les blancs et tentent de temporiser pour les rouges.

Nullement anticipée par les prévisionnistes météo, la grêle de ce dimanche après-midi, agrémentée de puissantes rafales, a frappé de plein fouet tout le plateau autour de Podensac, secteur déjà touché par le gel fin avril. Si les communes de Podensac, Illats, Cérons et Virelade ont été très atteintes, celles de Beautiran et Portets semblent elles avoir été plus épargnées. Première évaluation de l’étendue des dégâts dans les Graves en témoignages.

Bien connu des amateurs de vins de Graves, le château de Chantegrive subit la double peine en ce millésime 2017. Déjà impactés à 70 % par le gel, ses 98 ha à Podensac ont été intégralement touchés par la grêle dominicale. « Ça a commencé vers 16h30, et pendant 20 et 30 minutes, des grêlons de la taille de balles de golf ont été propulsés sur les vignes par des vents violents » raconte Michel Mesnard, le maître de chai de la propriété, qui a assisté, impuissant, aux ravages de la tempête. Après cet épisode, la messe semble dite pour les 46 ha de rouges. « Avec le gel, les rouges étaient en retard, encore très loin de la maturité. La grêle a haché les feuilles et les baies. Il y a de très fortes chances qu’on ne ramasse rien en rouge cette année » se désole-t-il.

Que les amateurs se rassurent en revanche, il y aura bien du millésime 2017 de la cuvée blanche Caroline, la propriété mettant tout en œuvre pour sauver le peu de récolte restant. « Fort heureusement, nous avions commencé les sauvignons la semaine dernière, mercredi et jeudi. On comptait poursuivre cette semaine pour le reste, et en fin de semaine les sémillons. » La grêle a précipité la vendange, avec cinquante vendangeurs en action dès ce lundi matin, appuyés ce mardi par la machine à vendanger, pour plus d’efficacité et de rapidité face aux conditions favorables au développement du botrytis. « En 2017, le rôle du tri sera plus que jamais déterminant, et au chai, nous allons devoir faire preuve d’une vigilance de tous les instants, constate Michel Mesnard. Mais ce qui rentre est très joli et on a l’outil technique pour emmener cette vendange au bout avec une belle qualité. » Si la qualité devrait donc y être, la quantité, elle n’y sera pas, avec environ 300 à 400 hl prévisionnels en blanc produits cette année, contre 170 000 hL en 2016.

À quelques pas de là, la zone de Cérons a aussi été très touchée par la grêle. Au domaine du Salut Château Huradin, déjà impacté à hauteur de 60 % par le gel d’avril, l’épisode de grêle a été plus bref, mais également ravageur. « On a eu environ cinq minutes de grêlons de la taille d’une balle de ping-pong, puis 30 millimètres d’eau par dessus » explique la propriétaire Aurélia Souchal-Caumont. Sur les 16 ha que compte la propriété, répartis entre Cérons (13 ha, dont 8 sur le plateau) et Podensac (3 ha), la totalité a été touchée. « On a très peu de raisins par terre, mais des impacts sur toutes les grappes avec au moins une à deux baies éclatées sur chaque grappe. » Si cela ne fait qu’avancer de quelques jours les vendanges en blanc débutées en urgence ce lundi, les choses sont plus délicates pour les rouges. « On applique de l’anti-botrytis et de la poudre de séchage, mais je crains que les deux jours de beau temps, lundi et mardi, ne suffisent pas à la cicatrisation avant la pluie annoncée en fin de semaine. »

Les côtes moins touchées

Autour de Podensac, notamment à Cadillac, « il y a eu de la grêle et ensuite pas mal de pluie » explique Jean Médeville, du château Fayau (Cadillac). « Il n’y a que très peu de baies par terre, mais les impacts sont en revanche forts sur les grappes. Le tri sera primordial. » La vendange des blancs, initialement prévue pour ce milieu de semaine, est avancée de quelques jours avec la récolte des sauvignons en ce début de semaine et des sémillons dans la foulée. Pour les rouges en revanche, « la maturité est encore un peu lointaine. Les premiers merlots étaient prévus pour le 15 septembre. » Mais dans son malheur, le vigneron a conscience d’avoir été chanceux. « Les pieds de côtes ont plus été touchés que les hauts de côtes. Or, c’est en bas où nous avons les cépages les plus précoces, blancs pour les blancs secs, et merlot. Le cabernet sauvignon situé sur les sommets n’a lui pas été impacté, on peut donc attendre sa pleine maturité. » Le vigneron guette néanmoins avec attention les conditions de la fin de la semaine, pour réagir le plus rapidement possible le cas échéant.