(photos F. Hermine)
(photos F. Hermine)

Les producteurs du Luberon, venus présenter une sélection de bouteilles dans la capitale, jouent désormais la carte de la biodiversité et de l’œnotourisme mais peinent encore à faire connaître leurs vins malgré un cadre de vie enchanteur et un foncier accessible entre Rhône et Provence.

Entre vallée du Rhône et Provence, le Luberon séduit « de plus en plus de jeunes vignerons sur des domaines en général de moins de cinq hectares mais attire aussi des investisseurs qui n’ont pas les moyens d’acheter en Côtes de Provence, constate Sylvain Morey (Bastide du Claux), vice-président du syndicat des vignerons du Luberon. Le vignoble est suffisamment porteur d’histoire pour ceux qui veulent créer un domaine viticole et nous bénéficions de surcroît d’un climat facile avec de belles amplitudes thermiques, des conditions idéales y compris pour ceux qui veulent produire en bio ou sans soufre ajouté » (déjà 15% des surfaces sur un total de plus de 3400 ha). Autre atout presque inattendu : un vignoble excentré longtemps en polyculture. « Avant, on disait :’il y a des vignes mais pas que’ ; c’était un handicap et on n’était pas toujours pris au sérieux ; aujourd’hui, la biodiversité avec des arbres, des lavandes, des maraichages, des zones protégées est devenu un atout ». L’image du parc naturel régional y contribue également.

Un vignoble en quête d’image

La majorité des vignerons historiques disposent en moyenne de 15 à 20 ha. Le foncier reste particulièrement accessible au primo-accédants, ce qui a d’ailleurs permis à une douzaine de caves particulières de s’installer ces huit dernières années avec souvent un projet œnotouristique complémentaire de la production. Mais la jetset qui fréquente la région, en d’autres temps, Albert Camus ou Pierre Cardin, aujourd’hui Ridley Scott ou John Malkovich, ne suffisent à auréoler les vins d’une belle image sexy. La grande distribution qui a fait vivre le vignoble pendant plus de 20 ans jusque dans les années 90 représente encore plus d’un tiers en volume (28% en valeur) et a ancré dans les esprits l’image du petit vin pas cher, entre un sous côtes-du-rhone et un sous côtes-de-provence. Et déplore que l’appellation (qui a obtenu l’AOC en 1988), ne bénéficie pas encore d’ambassadeurs à forte notoriété hormis peut-être La Citadelle, La Canorgue, La Verrerie et plus récemment Fontenille. Certes, la politique de l’union de coopératives Marrenon, portée par un président visionnaire et combatif, Jean-Louis Piton (aujourd’hui président de l’Inao) et un ingénieur agronome dynamique venu de chez Skalli, Philippe Tolleret, commence à porter ses fruits. Elle ne pèse pas moins des trois quarts des volumes avec une montée en qualité et en prix et des cuvées prestige comme Pétula ou Amountanage.

Des consommateurs volatiles

Des négociants comme Perrin et Chapoutier contribuent à faire connaître l’AOC « mais il nous faudrait des domaines renommés comme un Rayas ou un Trévallon pour booster l’export, stabilisé autour de 23% avec des volumes encore très dépendants du millésime, reconnaît volontiers Sylvain Morey. Dans la catalogue des vins rouges français, nous ne sommes pas une ligne obligatoire de la vallée du Rhône et dans la catégorie des moins de 15$, les consommateurs sont très volatiles ». En tête des marchés internationaux, la Belgique, l’Allemagne, le Canada, le Japon et la Chine. Si les rouges pèsent désormais environ un tiers des volumes, l’appellation est encore en rosé majeur pour près de la moitié. Les CHR-grossistes représentent 16-19% des ventes, les cavistes 11-13%. Reste à doper l’activité dans les caveaux autour de 10-15% et le e-commerce quasi-inexistant.