(photo L. Gotti)
(photo L. Gotti)

Pour la première fois, des maisons de négoce de Bourgogne étaient collectivement présentes à Paris, la semaine dernière, pour une dégustation de leurs cuvées phares. L’occasion pour un peu plus de 25 producteurs, de tailles très variables, de rappeler leurs spécificités de vinificateur, d’éleveur mais aussi de propriétaire dans les plus prestigieuses appellations du vignoble.

Rendons donc à César ce qui lui appartient… Une certaine idée de la Bourgogne a été entretenue et développée par une profession qui reste méconnue : les négociants. Ils ont longtemps régné sans partage sur la destinée du vignoble. Le XIXe siècle est même leur âge d’or. Ils s’approvisionnaient auprès des viticulteurs de la côte, mettaient en bouteilles et surtout parcouraient le monde.

Aujourd’hui pourtant, la Bourgogne est incarnée dans l’imaginaire collectif par un vigneron cultivant amoureusement ses quelques hectares de vignes familiales. Un viticulteur, proche de la terre, mettant sa propre récolte en bouteille pour la vendre à une clientèle de fidèles habitués. Confrontée à la réalité, cette image d’Épinal mérite d’être largement amendée.

60% des vins de Bourgogne

La mise en bouteille à la propriété, par les vignerons, est un phénomène récent dans l’évolution de la région. Il faudrait attendre les années 1960-1970 pour voir vraiment les viticulteurs s’émanciper et vendre tout seuls. La réputation de la Bourgogne était déjà bien établie…

Aujourd’hui, le négoce bourguignon commercialise encore une majorité des vins de Bourgogne (environ 60%). Il s’approvisionne auprès des vignerons et des coopératives. Des achats sous forme de vins finis mais aussi, de plus en plus, en raisins ou en moûts (jus de raisin avant fermentation). La maison Albert Bichot, par exemple, vinifie elle-même la totalité de ses premiers et grands crus. La région a aussi vu émerger de petites structures comme celle de Philippe Pacalet qui vinifie l’équivalent d’un peu plus de 10 ha.

Mais le négoce bourguignon est aussi un important propriétaire terrien et cultive donc ses propres vignes. Exemples : les deux principaux propriétaires en Côte-d’Or ne sont autres que Louis Jadot (140 ha) et Bouchard Père et fils (130 ha). Ces maisons se sont donc fait d’ardentes promotrices des Climats bourguignons. Le Clos des Mouches de la Maison Drouhin, le Corton-Charlemagne de Louis Latour, Le Clos des Fèves de Chanson, etc.

La notion de négoce a aussi beaucoup évolué ces dernières années : pour répondre à une demande grandissante, beaucoup de vignerons ont élargi leurs gammes en faisant du négoce avec leurs collègues. Les frontières se sont largement distendues. Des réalités qu’un fin connaisseur de la Bourgogne ne peut plus ignorer…

Les maisons présentes à Paris le 3 juin :
Albert Bichot, Bouchard Père & Fils, Chanson Père & Fils, Prosper Maufoux, Château de Santenay, Domaine des Perdrix, Edouard Delaunay, François Martenot, Henri de Villamont, Jean Claude Boisset, J. Moreau & Fils, Jean Luc et Paul Aegerter, Jean Marc Brocard, Jean-Philippe Marchand, Joseph Drouhin, Laroche, Louis Jadot, Louis Latour, Louis Moreau, Maison Champy, Patriarche Père et Fils, Philippe Pacalet, Roux Père et Fils, Seguin Manuel, William Fèvre.