A la façon d’un orfèvre, la famille Scheufele a entamé une refonte d’envergure de cette propriété acquise en 2012, à la vigne mais aussi en reformatant les bâtiments et l’outil technique inaugurés dans leur nouvelle version en juin.

C’est bien connu, les hommes d’affaires aiment les défis. Les exemples d’investisseurs fortunés à avoir mis un pied (voire les deux) dans le vignoble ne manquent pas. Il suffit de penser entre autres à Bernard Arnault (LVMH), Jacky Lorenzetti (Foncia, Racing 92), ou encore à Alain-Dominique Perrin (Cartier) à Cahors. Quant à elle, la famille Scheufele (Chopard, horlogerie et joaillerie suisse) a élu en 2012 le château Monestier La Tour, à quelques pas de Bergerac. Et façonne depuis lors cette propriété de 24, 5 hectares comme un joyau.

Pourquoi Monestier La Tour ? « On est tombés amoureux de l’endroit ma famille et moi, répond Karl-Friedrich Scheufele. Il y a ici quelque chose de magique pour nous. » Coup de cœur certes, mais le sens aiguisé du challenge n’est jamais loin. « Nous avions aussi une volonté d’affronter un défi, confie le copropriétaire. Je trouve que l’appellation est un peu sous-estimée, et mérite un effort. Reprendre un vignoble déjà très connu, où plus rien n’est à faire, ne m’aurait pas autant passionné. » Il faut dire que l’homme n’est pas un débutant en matière entrepreneuriale. Coprésident de Chopard depuis les années 1990 avec sa sœur Caroline, ils sont aussi tous deux amateurs de vin de longue date, eux qui possèdent trois points de vente de vin en Suisse (Le Caveau de Bacchus).

Monestier La Tour, l’ère nouvelle

C’est un travail d’orfèvre qu’ont entrepris depuis leur arrivée les Scheufele sur la propriété, en appliquant au plus près la devise des lieux, selon laquelle « ce que l’on fait avec le temps, le temps le respecte ». Restructuration du vignoble, passage intégral à la biodynamie en 2014-2015, certification bio à l’horizon 2017… le tout sous la houlette de la consultante aguerrie Corinne Comme. Dans cet élan, après des travaux d’un peu plus de deux ans, les bâtiments techniques auparavant dispersés sur la propriété, et la partie stockage antérieurement extériorisée, ont été centralisés et repensés. Désormais, autour d’une cour, un seul et unique bâtiment conçu par l’architecte Alain de La Ville comprend la salle de réception des vendanges, le cuvier, le chai d’élevage en barriques, un stockage bouteilles et un lieu de vente.

L’esprit des lieux ? Sobriété et efficacité. « On ne voulait pas faire un monument-cathédrale comme on peut en voir parfois, mais plutôt quelque chose qui s’intègre bien dans le paysage, qui soit avant tout confortable, fonctionnel, et assure la sécurité des salariés » explique Karl-Friedrich Scheufele. Une mission qu’a mis un point d’honneur à respecter l’architecte, en cherchant à « inscrire le projet dans la trajectoire du lieu, dans une logique d’évolution qui était la sienne, à sa mesure, à sa proportion, avec son langage ». Fini juste à temps, le cuvier a été utilisé pour la première fois pour les vendanges 2015, le reste du bâtiment achevé en 2016.

Et après ?

S’il est encore trop tôt pour pouvoir pleinement quantifier les effets de ces mutations sur les vins, Karl-Friedrich Scheufele est confiant, toujours guidé par une idée très précise de l’idéal vers lequel il veut tendre : « un style de vins fidèles au terroir, sur le fruit, digestes, élégants, dont on a envie de reprendre, décrit-il. Pas des vins trop imposants et boisés. Comme en bijouterie, il y a des tendances, des décennies où l’on préfère l’or jaune, d’autres l’or rose. Je pense qu’on a dépassé cette mode des vins lourds et boisés. » La propriété produit actuellement cinq cuvées, dans les trois couleurs en AOC Bergerac, une cuvée rouge en Côtes de Bergerac, et un Saussignac (blanc doux), dans un créneau de 5 à 15 €.

Après ces mutations, le prochain grand défi de la famille Scheufele est de réorganiser la distribution. Pour l’heure, les vins sont principalement commercialisés « en France surtout en grande distribution, en Chine dans des magasins sélectifs, en Suisse et un peu aux USA. » Karl-Friedrich Scheufele projette de renforcer la présence de Monestier La Tour en Europe (Angleterre, Belgique, Hollande) et en Asie (Singapour, Hong-Kong) pour avoir une distribution « bien répartie. » Retenez bien le nom de « Monestier La Tour », vous risquez d’en entendre parler à nouveau.