La folle course aux primeurs lancée, le château La Conseillante, à Pomerol sur la rive droite, fait déguster dans son magnifique chai circulaire inauguré depuis deux ans, ses vins aux négociants, courtiers et journalistes venus des quatre coins du monde.

Afin de redorer le millésime 2013 « qui a subi un véritable bashing dans la presse », selon le directeur Jean-Michel Laporte, en poste depuis 10 ans, et lui redonner toutes ses lettre de noblesse, l’équipe de la propriété a décidé d’organiser une dégustation verticale pour montrer la continuité qualitative et aromatique des vins de La Conseillante. Un pari réussi, selon les dégustateurs présents ce matin, qui ont pu comparer l’assemblage classique de merlot majoritaire et cabernet franc du premier vin avec son homologue de 2012 en fin d’élevage, 2011 mis sur le marché, 2010 et 2009 (deux millésimes encensés sur la place bordelaise), ainsi que le 2006 et 2005 déjà évolués, mais frais, à la finesse de tanins impressionnante. Soumis à la dégustation également, le « Duo de la Conseillante », second vin, aux notes flatteuses chaque année dans les guides (autour de 30 € pour le 2012).

Encore moins de vin qu’en 2012

« Nous aurons évidemment moins de vin, les rendements n’étaient pas là, explique Henri Nicolas, membre du conseil de famille de La Conseillante. Sur une moyenne de rendement de 40 hectolitres/hectare, cette année nous ne sommes qu’à 30 hectos/hectares. Avec de grosses frayeurs tout au long du printemps. » Ce que le Jean-Michel Laporte confirme : « Le soleil n’arrivait pas et la pluie ne cessait de battre. A la fin juin, nous avions près de trois semaines de retard. Du jamais vu. C’est clair que si le temps n’avait pas viré au beau début juillet, je ne sais pas si nous aurions vu des raisins cette année. »

A boire ou à garder ?

« 2013 ne sera pas un vin de garde, il n’y a pas assez de volume. Mais l’acidité et le fruit sont là, et il faut se méfier des « petits » millésimes », confie le directeur. « Pomerol est une appellation qui s’en sort très bien, il y aura des loupés partout à Bordeaux, mais nous sommes sur un territoire précoce, sans cabernet sauvignon, et cela nous a sûrement sauvé », ajoute-t-il. « Il fallait aller très vite. Nous avons vendangé en 6 jours, ce qui correspond au temps normal de vendanges, mais en doublant les effectifs de vendangeurs, car le tri était juste indispensable. Cela a été comme ça tout du long : c’est un vrai millésime de riches. Si on a su se donner les moyens et aller vite, alors on s’en sort bien. Goutez et vous verrez, il n’y a pas de creux en bouche, et la structure est là».

Enfin une baisse des prix ?

Henri Nicolas ne le souhaite pas. « Nous étions à 118 € en 2010, à 48 € en 2012. Je ne pense pas que ce millésime mérite de baisser les prix cette année, la qualité est là. Mais seul le futur nous le dira : si les 20 premiers baissent leur prix de 20 % , nous aurons du mal à ne pas suivre. Verdict en mai, personne ne peut connaître la conjoncture globale à ce jour », projette Henri Nicolas.

Propos recueillis par Laure Goy