Alors que les vendanges ont touché à leur fin dans le Médoc, on fait le point sur ce délicat millésime 2017, avec un gros plan sur Margaux et un détour par Saint-Estèphe.

Clairement, en 2017, il convenait d’être sur le terrain pour comprendre un millésime pas toujours facile. Les gelures printanières douchèrent quelques optimismes quand les fortes chaleurs de juin redonnèrent de l’allant à une viticulture psychologiquement et économiquement atteinte. Juillet, sans être ni chaud, ni froid, se passa sans encombre et août, assez nuageux, estompa les espoirs d’un très beau millésime. Les premières pluies de septembre refroidirent alors ce que l’on pensait être un grand millésime.

Toutefois, derrière les aspects purement climatologiques et techniques, il reste l’observation sur le terrain. Premier constat, l’hétérogénéité des maturités due aux gels printaniers. Les grappes de deuxième génération, poussées après le gel, ne peuvent logiquement être mûres en même temps que leurs ainées. Il convenait donc de réaliser un tri drastique pendant les vendanges ou en plein cœur de l’été, directement sur pied.

Mais le gel ne toucha pas de manière homogène les différentes zones de production. Si les terroirs plus classiques du Bordelais ont été fortement touchés, les terroirs propres à produire de grands vins, sont eux, dans leur grande majorité, épargnés. Seul bémol, dans le Médoc viticole, l’appellation Margaux qui à force de gagner des hectares sur la forêt et le sables, a connu un gel plus mordant.

Deuxième élément différenciant, la pluie. On le sait, la barrière de Labarde est une zone climatique importante. Les marais, la proximité de la rivière et les différents courants d’air imposent des couloirs aux nuages. Ainsi, comme l’affirmait Édouard Miailhe de Château Siran, le plateau de Labarde, partagé entre Siran, Dauzac et Giscours, n’a connu que 74 mm de pluies contre près de 100 mm pour certaines autres régions ou communes limitrophes.

La gestion de la date de vendange s’avérait donc très stratégique. Un résumé que concède volontiers François Baudoux, le chef de culture du Château Rauzan-Ségla : « 2017 est un millésime de sang-froid et de patience ». En effet, les chaleurs de juin ont engendré des peaux relativement épaisses sur les cabernets et les merlots à même d’attendre les maturités espérées.

La nécessité d’une attente bien perçue également par les équipes de Château Ormes de Pez (Saint-Estèphe) et Jean-Charles Cazes qui ont ramassé les dernières grappes de cabernet le 3 octobre.
Hétérogénéité il y aura donc en Médoc, c’est certain. Entre les tenants d’une viticulture ‘haute couture’ et les adeptes de rendements plus importants, la frontière risque d’être importante. Mais surtout, comme pour le gel, le millésime 2017 risque, une fois de plus, de laisser parler les terroirs.