Dans chaque numéro de « Terre de Vins », avec sa chronique « L’école du vin », Jacques Orhon, maître sommelier et « écrivin », apporte son éclairage d’expert sur toutes les subtilités de la dégustation, du service, de la conservation, de la viticulture… Retrouvez ici ses meilleurs conseils.

S’il est un objet utile à l’amateur de vin, c’est bien la carafe. Pour trois raisons principales. La première, pour aérer un vin rouge encore jeune et lui permettre ainsi de s’exprimer. On verse le vin une demi-heure environ avant de servir. L’influence de l’air sur le vin sera assez significative pour en améliorer la qualité. Et pourquoi pas pour les blancs, qui ont besoin de prendre l’air après avoir passé quelques mois, parfois quelques années, en bouteille ? C’est idéal pour mettre en valeur l’éclat, la luminosité, les teintes dorées, les reflets verts ou les nuances ambrées d’un cru vénérable.

La seconde, qui fut souvent la seule à être considérée, est associée au décantage, appelée aussi décantation. Cette opération consiste à verser avec précaution le contenu de la bouteille dans la carafe, en faisant très attention à ne pas mélanger le dépôt, lequel devra rester au fond de la bouteille. Opération qui se fait avec une source de lumière, comme une bougie, pour vérifier le vin par transparence au fur et à mesure qu’il passe dans le goulot. La troisième, et non la moindre, pour le plaisir tout simplement d’admirer la couleur d’un blanc de quelques années et la robe des vins rouges.

On pourrait ajouter à ces trois raisons – et je le pratique régulièrement – l’idée que la carafe peut donner un brin de décorum à un vin qui sort d’une bouteille à vis métallique. Toutefois, et j’ai déjà abordé le sujet, je ne pense pas, pour l’avoir expérimenté, que le passage en carafe soit idéal pour certaines cuvées de champagne. On risque forcément d’obtenir une diminution de l’effervescence. Il s’agit dans ce cas d’un choix qu’il faudra assumer.

Des petits trucs :
l’utilisation de la carafe pour aérer un vin est généralement améliorée avec l’emploi simultané de l’entonnoir à trois ou cinq trous. Il sera important, aussi, de se procurer un égouttoir à carafe, utile pour éviter la casse et nécessaire puisqu’il est important de bien la rincer après chaque utilisation. Pour la nettoyer ? Eau chaude, pas de savon. Si elle est colorée par le passage des vins, mettez-y une poignée de gros sel, une petite quantité d’eau et agitez bien, puis rincez trois fois plutôt qu’une.

LE CHOIX DE LA CARAFE

On peut de nos jours se procurer de belles carafes en cristal à des prix abordables. Mais, comme pour tout ce qui concerne les arts de la table, le plus simple est souvent le plus beau, puisque c’est le vin, avant tout, qu’on veut mettre en valeur. Étant donné qu’une des raisons principales de l’achat de cet objet est d’oxygéner le vin, une carafe pleine doit être assez grande pour garder un espace vide. Pensez aussi à la facilité de manipulation ; de magnifiques carafes ne tiennent pas en main, et, pire, elles coulent, favorisant les taches sur la nappe.

LES MOTS DU VIN

Faut-il passer le vin en carafe ou le carafer ? On utilise de plus en plus le verbe « carafer », surtout dans un cadre professionnel. Pourtant, ce verbe, à ma connaissance, n’existe pas ; l’expression « passer en carafe » serait plus juste.