Vendredi 2 Janvier 2026
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02.01.2026
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Née dans le giron de la Bordeaux Distiling Co., Aventure est une nouvelle marque de whisky de seigle (ou « rye ») qui vient confirmer la belle santé du craft « made in France ». Derrière ce joli projet girondin, quatre copains, dont un certain Jean Dujardin, qui se prête au jeu avec passion et enthousiasme
On connaissait déjà John, Paul, George et Ringo, il faudra compter désormais avec Antoine, Olivier, Eric et Jean. On n’est pas tout à fait sur le même registre mais on est en présence de quatre garçons dans le vent : quatre copains qui se lancent dans une belle Aventure (c’est le nom du concept), et comme souvent dans ce genre d’entreprise, tout commence par des potes qui refont le monde, ébauchent une idée qui les enthousiasme et finissent par se dire « Et pourquoi pas ? »
Les potes en question se nomment Antoine Gravouil, Olivier Carsoule, Eric Lafon et Jean Dujardin. Ils ont en commun des attaches girondines, précisément du côté de Soulac-sur-Mer. Ils ont aussi des parcours professionnels différents, des vies parfois très éloignées de la région qui les réunit (l’un à Londres, l’autre en Asie, un autre enfin sur les plateaux de cinéma du monde entier), mais quelques passions en partage – notamment le whisky, et particulièrement le « rye », ou whisky de seigle en français dans le texte. L’univers des spiritueux ne leur est pas tout à fait inconnu, puisque certains d’entre eux sont déjà à la manœuvre de la Bordeaux Distilling Co., distillerie urbaine fondée dans le quartier de Bacalan, à Bordeaux, et qui fait déjà parler d’elle avec son gin Bacalan, sa vodka Sauvelle et sa liqueur de café Brunette. Un rhum s’est également invité dans le paysage. Reste le whisky, qui comme chacun sait est affaire de temps long. L’idée naît il y a huit ans, la première distillation se fait en 2020 ; le temps de laisser vieillir les premiers jus, et voici que débarque Aventure à l’automne 2025.

Tous s’accordent à le dire : produire leur propre whisky, c’était « un rêve ». Mais pour que le rêve ne se casse pas les dents sur la réalité, il faut bien assurer sa concrétisation. Le seigle, qui imprime aux whiskys une intensité aromatique, une gourmandise et une authenticité singulières, se révèle délicat à travailler techniquement, il faut donc en maîtriser parfaitement le brassage en premier lieu, puis la distillation et le vieillissement. Côté élaboration, Antoine Gravouil, qui n’en est pas à son premier rodéo, veille au grain – de seigle – en binôme avec le distillateur en chef Arnaud Chevalier. Eric et Olivier s’impliquent tout autant dans le projet, même s’ils sont géographiquement plus éloignés. Quant au quatrième associé, Jean Dujardin, son rôle dans Aventure n’est absolument pas anecdotique, malgré son emploi du temps très chargé : loin d’être un prête-nom de prestige, il s’investit à fond dans le processus de fabrication comme dans la dégustation (voir encadré). Tous ont à cœur de s’inviter sur le devant de la scène du whisky français, une scène qui s’est largement étoffée en quarante ans, mais où le « rye », d’obédience traditionnellement américaine, occupait jusqu’à présent une place plutôt secondaire.
Pour mettre d’emblée leur whisky de seigle sur les bons rails (vous l’avez ?), les associés ont d’abord privilégié leur approvisionnement en céréales bio auprès de deux malteries, en Savoie et Nouvelle-Aquitaine. Le brassage se fait maison, avec une attention scrupuleuse accordée à la qualité du « mash bill » (assemblage de céréales, le seigle majoritaire étant complété d’orge et parfois de sarrasin). La distillation se fait dans un alambic vapeur à chauffe douce, alliant pot still et colonne, de la marque allemande CARL.
Le vieillissement, autre étape cruciale, se fait en fûts neufs, sourcés en région bordelaise mais pas seulement. Le chai urbain présentant des variations de températures et d’humidité importantes (frais et humide l’hiver, chaud et sec l’été), la part des anges est très élevée (jusqu’à 20 % sur trois ans et 30 % sur cinq ans) mais ces conditions d’élevage profitent à une certaine accélération dans la définition du style des whiskys, concentrés, intenses, puissants, profonds. L’idée étant de pouvoir présenter des jus qui s’apprécient dès leur jeunesse, en solo ou en cocktail, et d’arriver à peaufiner des produits plus complexes sur la durée. Ainsi, pour l’instant, la gamme d’Aventure se structure autour de trois références au packaging ultra soigné : N°01, un blend 61,7 % seigle, 37 % orge, 1,3 % sarrasin, élevé quatre ans minimum en fûts de chêne français (55 €) ; N°02, un blend 80 %, seigle, 20 % orge, élevé trois ans minimum en fûts de chêne américain (65 €) ; et N°03, un blend identique au N°01 mais en mode « double cask », ayant connu un élevage de trois ans et demi en fûts de chêne français et un an et demi en ex-fûts de grand cru bordelais (75 €). Trois profils très complémentaires, allant du plus vivace et tonique au plus intense et enveloppant. D’autres références sont bien sûr dans les tuyaux et attendent patiemment leur heure, notamment un 100 % seigle. Une manière de nous dire que comme toute bonne histoire d’amitié, cette Aventure est au long cours.
Des trois premières références de la distillerie, celle-ci a connu le vieillissement le plus long (plus de cinq ans) dans deux types de fûts différents. Il présente le profil le plus abouti, le plus complet et le plus « rye » (robe acajou-ambrée, nez entre prune confite, confiture de cerises noires, fruits secs, touche oxydation, cuir frais, raisin de Corinthe) tout en gardant un bel équilibre. Gourmand, enveloppant mais énergique et épicé, il se conclut sur une note de clou de girofle, de bâton de réglisse revigorante.
75 € les 70 cl

On savait Jean Dujardin très attaché à la Gironde et amateur de bonnes choses. On lui découvre aujourd’hui une passion pour le whisky, et particulièrement le whisky de seigle, qu’il a découvert grâce à l’acteur américain Bill Murray pendant le tournage de « Monuments Men ». Il serait tentant de croire que cette Aventure pourrait seulement être une danseuse pour le comédien oscarisé (à l’affiche depuis le 29 octobre de « L’Homme qui rétrécit » de Jan Kounen). Il n’en est rien. Plus qu’une histoire d’amitié, Jean Dujardin voit dans ce projet collectif une façon de défendre le savoir-faire français en matière de spiritueux, et de s’investir dans un produit à la fois hautement qualitatif, pourvoyeur d’émotions, engagé en bio et très ancré dans son territoire bordelais et girondin. Investi dans la production et dans la promotion d’Aventure sans pour autant chercher à tirer la couverture à lui (le côté « bande de copains tous sur le même pied d’égalité » est important à souligner), il ne cache pas l’ambition qui est celle de toute l’équipe : « Avec Aventure, nous avons pour ambition d’aider à faire rayonner le whisky français sur la scène internationale. Notre rye, élaboré avec soin et authenticité, incarne une nouvelle page de l’histoire des spiritueux tricolores. » Par les temps qui courent, on ne va pas bouder notre plaisir de voir une star de son envergure soutenir un projet aussi authentique.


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