Accueil Actualités [Vendanges 2026] En Alsace, un millésime précoce jusqu’aux vendanges tardives  

[Vendanges 2026] En Alsace, un millésime précoce jusqu’aux vendanges tardives  

©VUANO-ComitéVinsAlsace

Auteur

Lucie
de Azcarate

Date

10.09.2026

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Les premières vendanges tardives alsaciennes ont été déclarées ce 1er septembre. Au-delà de cette situation exceptionnelle qui rend possible l’oxymore « vendanges tardives précoces » , il y a toute une filière viticole qui pare au plus pressé afin de récolter des raisins à maturité optimale pour les crémants et les vins tranquilles. Arthur Froehly, responsable du pôle technique et R&D du CIVA (Comité interprofessionnel des vins d’Alsace), nous raconte ce défi.   

Toutes régions confondues, la précocité du millésime 2026 restera dans les mémoires. Qu’en est-il de l’Alsace ?

Pour les crémants et les vins tranquilles, les vendanges ont débuté le 18 août. C’est la première fois que les deux ouvrent de front, d’ordinaire nous commençons par les crémants. Or, les maturités étaient déjà bonnes pour les raisins d’AOC tranquilles. Certains pinots gris et gewurztraminers étaient déjà mûrs.

Vous étiez à l’heure pour les vins tranquilles, étiez-vous en retard pour les crémants ?

C’est vrai, habituellement nous commençons par les crémants parce que nous voulons limiter le degré potentiel et conserver l’acidité. D’ailleurs, quelques opérateurs ont même fait le choix de commencer à vendanger la semaine du 10 août. Ils ont fait des demandes de pré-vendanges, en particulier sur des secteurs précoces. Néanmoins, nous n’étions pas « en retard ». De fait, les vignerons ont dû jongler entre crémants et vins tranquilles. C’est la première fois que nous observons un tempo quasi identique entre ces vins. Dans cette temporalité, il faut tenir compte du blocage de certaines vignes au-delà de 35°C. Reste que globalement les vignes étaient en avance et continuent de l’être. Pour la première fois, les vendanges tardives commencent le 1er septembre.

Outre la chaleur, comment s’est déroulé le millésime ?

Tout a bien commencé par une belle sortie de fleur. Nous nous sommes cependant rendu compte que la fermeture de la grappe ne s’était pas déroulée de la meilleure des manières, nous avions moins de baies que prévu. Le potentiel de rendement était donc déjà entamé avant les vagues de canicules successives. Puis nous avons manqué d’eau dès le mois de mars et, avec de température très élevées, l’évapotranspiration nous a privés du peu d’eau qui restait. Avec une fleur précoce, un débourrement tout aussi tôt, une véraison qui ne tarde pas, nous avons couru après le temps toute la saison.

©ChezElles-ConseilVinsAlsace
©ChezElles-ComitéVinsAlsace
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À quel moment la sécheresse s’est-elle installée ?

Dès le mois de mars nous étions en déficit par rapport aux normes habituelles. Au mois d’avril il est tombé 15 mm, alors que la moyenne, ces dernières années, était de 80. Pareil pour mai, avec 36 mm, nous étions en dessous de la moyenne de 60-70 mm. Donc, à partir du mois de mai, nous avons considéré que nous étions en sécheresse. Au manque d’eau s’ajoutent des températures historiquement élevées, nous avons vécu l’année la plus chaude jamais enregistrée à ce jour dans la région. Les records de températures minimales et maximales ont été battus.

La pluie a pourtant commencé à tomber mi-août…

Nous avons même eu 50 mm à Colmar ! Nous attendions la pluie avec impatience, même si en pleine vendange ça complique la situation. La pluie qui est tombée a été salutaire, ça regonfle un peu les raisins et la végétation repart. Pour le moment, nous n’avons pas observé de dégradation sanitaire due à l’humidité.

Quels sont les cépages les plus sensibles à la sécheresse ?

Le riesling est le cépage qui n’aime pas le sec. Mais plus qu’une histoire de cépage, c’est une histoire de sol et d’enracinement. Les vignes plantées sur les sols légers, qui retiennent moins l’eau, ont davantage souffert. Reste que nous avons des cépages « septentrionaux » alors que nous avons eu un été digne de ceux qu’a connus Nîmes dans les années 1990-2000. Donc nos cépages, hormis les pinots noirs et les chardonnays qui s’adaptent mieux, ont souffert. Dans certains secteurs touchés par l’effet « sèche-cheveux », les vignes n’ont pas produit, ou très peu, toutes leurs feuilles sont tombées au début du mois d’août, complètement grillées.

Dans quelle mesure ces conditions climatiques exceptionnelles affectent la qualité du millésime ?

Alors que nous étions très pessimistes, je suis agréablement surpris. Les crémants ont été vendangés au bon moment, ils ont une belle acidité, donc nous obtiendrons certainement de beaux vins de base avec des profils caractérisés par les épices. Malheureusement, nous aurions aimé en avoir un peu plus. Pour les rieslings, cépage le plus affecté par le blocage, nous comptons sur la pluie tombée mi-août pour qu’ils reprennent leur maturation. Ils devraient même donner de jolis vins avec un profil comparable à 2016, qui a connu la même situation de blocage. Quant aux rouges, on pourra évidemment compter sur de la couleur avec un fruit intense, assez mûr. D’ailleurs, deux stratégies se sont dessinées pour les pinots noirs. Certains ont souhaité les vendanger pas trop tard, pour conserver le fruit, tandis que d’autres vignerons préfèrent attendre pour obtenir de la concentration.

portrait Arthur Froehly
Arthur Froehly, responsable du pôle technique et R&D du CIVA