Dans les Côtes du Rhône, seuls Rasteau et Beaumes de Venise peuvent se targuer d’avoir deux appellations locales, en Vin Doux Naturel et vin tranquille. Cette dernière fête, cette année, les 75 ans de son Muscat et les 15 ans de son rouge.

C’est en 1945, que le décret a officialisé l’AOC Muscat de Beaumes de Venise, avec effet rétroactif sur le millésime 1943. Issu exclusivement du cépage muscat à petits grains (blanc et noir), il est cultivé sur les communes de Beaumes de Venise et Aubignan. Entre 6 000 et 11 000 hl sont produits en moyenne chaque année, sur une superficie ne dépassant pas 450 hectares.
Soixante ans plus tard, le rouge alors classé Côtes du Rhône Villages communal depuis 1956, obtient la même distinction. Son aire d’appellation est plus vaste, de Beaumes de Venise, à Lafare, La Roque Alric et Suzette. Les cépages : grenache (50%), syrah (25%), mourvèdre, mais aussi des secondaires tels que le carignan, le cinsault, la counoise ainsi que les cépages blancs (autorisés à hauteur de
10% maximum), composent son assemblage. L’AOC Beaumes de Venise rouge représente aujourd’hui entre 600 et 700 ha pour une production évoluant entre 20 000 et 25 000 hl.

Ce double anniversaire est l’occasion de se pencher sur leurs marchés et leur avenir. Le VDN, conditionné à 80% par les opérateurs et commercialisé pour moitié par la cave Rhonea, reste une référence dans sa catégorie. Mais comme tous les vins d’apéritif, il doit faire face à un désamour des consommateurs vieillissant. Jean-Paul Anres, président de l’ODG, l’explique ainsi : “Le muscat a sa renommée et sa clientèle mais les vins sucrés ont moins la côte, au bénéfice des vins blancs et des rosés”. Les vignerons, bien conscients de cela, revoient le profil des vins. Désormais, les raisins sont récoltés en sous maturité pour garder l’acidité et ils sont moins sucrés. Toutefois, sur le terrain, la tendance est forte à opter plutôt pour une reconversion au profit du muscat sec ou du pétillant.

Le Beaumes de Venise rouge sort son épingle du jeu. Son cours est stable, il atteint en moyenne 360 €/hl, les volumes ont augmenté et les ventes en GD sont en progression, sur le dernier exercice. Claude Chabran, président de la section interprofessionnelle et président de Rhonea, l’explique ainsi : “Il arrive à sa maturité sur un marché porteur, bien que franco-français. Il peine à l’export, hormis en Belgique, par manque de notoriété. Il ne représente que 10% sur ce marché ; aussi, nous avons deux cibles, les USA et la Chine pour nos actions. 50% de la commercialisation est réalisée via la GD. Cela représente 10 700 hl, soit la moitié de la production, avec une progression de 1,3%, grâce à une forte implantation et un prix de vente moyen de 7,16€. Les 40% restant vont sur le marché traditionnel et la vente directe”.

Les prochains objectifs de “ce terroir aux deux visages” seront multiples. La problématique sera la gestion des effets du dérèglement climatique sur les prochaines récoltes. Une des pistes tend à l’irrigation via le canal de Carpentras. Avec la difficulté d’un pompage pouvant accéder aux nombreuses parcelles en coteaux…
Les deux appellations, qui sont situées au cœur des Dentelles de Montmirail, premières avancées des Alpes dans la Vallée du Rhône, capitalisent sur leurs terroirs et leurs paysages. Les vignerons doivent les préserver, car ils concourent à la notoriété des deux Crus !