Prenez une maison champenoise mythique, une cuvée qui ne l’est pas moins et un millésime qui devrait s’inscrire dans la lignée des très belles pages écrites en Champagne et vous obtenez du très bel ouvrage.

Certaines images sont parfois bien plus parlantes qu’un long discours. Pour constituer l’incroyable œnothèque de Bollinger, le chef de caves Gilles Descotes et son adjoint Denis Bunner ont été amenés à goûter une très vaste palette d’anciens millésimes. Un exercice qui les a conduits à percevoir les vins de la Maison comme les composantes d’un tissu. Il y a bien entendu la trame qui serait la quintessence du style et le fil qui représenterait l’effet du millésime. Et selon les années, l’un ou l’autre va parfois prendre le dessus. Si la Grande Année 2008 est assurément à l’image de ce millésime frais, elle est, sur 2012, une ode à la typicité des champagnes Bollinger.

Et pourtant, rien n’était écrit, comme souvent. Un printemps pluvieux très compliqué avec une pression importante des maladies et notamment du mildiou. Ajoutez à cela des gelées très sévères, tout cela semblait fort mal engagé. Mais le miracle champenois a opéré les semaines précédant la vendange avec un très beau soleil et juste ce qu’il fallait d’eau. In fine, les faibles rendements (8000/9000 kg/ha) sont allés de pair avec une belle concentration des baies et une grande qualité des chardonnays mais aussi et surtout des pinots noirs, l’âme de Bollinger. Comptant pour 65% de l’assemblage, ils proviennent bien évidemment en grande proportion des crus historiques que sont Aÿ et Verzenay. Les approvisionnements, voici d’ailleurs la seconde clé pour percer le mystère de la naissance de cette cuvée de prestige qu’est la Grande Année. “La majorité de nos raisins est issue de notre vignoble, ce qui est absolument fondamental” nous confie Denis. “Cela nous permet une excellente gestion de la maturité tout en abordant chaque cru dans le respect total de sa spécificité, en particulier pour le pinot noir”.

La naissance de “grands vins de Champagne”

Qu’il s’agisse de la Grande Année 2012 ou de la Grande Année Rosé 2012, le plus marquant à la dégustation est sans aucun doute la texture impressionnante de ces deux vins. Il y a là de la profondeur, beaucoup de densité. Les sens sont intensément sollicités et pourtant, jamais l’on ne ressent un sentiment d’excès. Beaucoup de subtilité, une véritable allonge. Denis résume cette sensation en évoquant “l’écoute d’une symphonie. Les vins sont d’une immense générosité, et donnent beaucoup tout de suite mais sans aucune lourdeur, bien au contraire”. Pas de doute, on entre dès la première gorgée dans l’univers des grands champagnes. Et il faut certainement aller chercher du côté de la vinification pour comprendre l’origine de la plénitude de bouche. “Nous procédons toujours à une vinification sous bois, dans des petits contenants de 228 litres voire de 410 litres (les pipes champenoises) qui sont utilisés depuis des années voire des décennies. Et surtout, nous élevons nos vins” explique Denis. De là la naissance de cette patine particulière et de cette complexité qui agit comme une imparable séductrice. Bien sûr, les 7 ans sur lies sous bouchon de liège y sont aussi pour beaucoup. Avec un résultat cousu main, du grand artisanat qui laisse transparaître l’amour du vin. Côté Grande Année Rosé, 2012 marque la rencontre de l’unicité et de la complexité. 21 crus pour la base bien sûr et la fameuse “côte aux enfants”.

Prix indicatifs :
Bollinger La Grande Année 2012 : 120 €
Bollinger La Grande Année Rosé 2012 : 145 €