Photo CIVB / Yann Lacombe
Photo CIVB / Yann Lacombe

Lundi, lors de l’assemblée générale du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB), son président Bernard Farges a évoqué les mesures envisagées pour amorcer un rebond dans une conjoncture multifactorielle peu favorable aux vins de Bordeaux.

“Bordeaux connaît, depuis plusieurs mois maintenant, une crise sans précédent. Les volumes de commercialisation pour la campagne 2018-2019 sont en baisse de 12%, et la valeur baisse d’environ 4%” rappelait hier en ouverture de l’AG annuelle du CIVB Bernard Farges. Si cette crise est inédite, c’est qu’elle résulte d’un cumul de facteurs, tant sur la scène internationale et européenne qu’au plan national. Loin de se laisser abattre, l’interprofession dresse les constats et met en place des mesures pour y remédier. Explications.

A la faible récolte de 2017, qui essaime encore, “sont venus s’ajouter, sur les principaux marchés des vins de Bordeaux, des événements perturbateurs. En un mot, nous sommes les victimes collatérales d’une géopolitique qui n’a pas été tendre en 2019” résume le président du CIVB. Ces “événements perturbateurs” évoqués par Bernard Farges, quels sont-ils exactement ? D’abord, un repli sur le marché chinois, avec des importations en baisse depuis la mi-2018, les vins de Bordeaux étant notamment concurrencés par des vins chiliens et australiens avantagés par des accords douaniers, mais aussi des manifestations sociales, qui, depuis cet été, paralysent le marché. Ensuite, un potentiel ralentissement du marché américain, jusque-là en croissance, sous le coup de la décision de l’administration Trump, entrée en vigueur mi-octobre, de surtaxer de 25% à l’exportation les vins tranquilles européens de moins de 14°. Enfin, une forte incertitude liée au Brexit côté anglo-saxon.

Un changement des habitudes de consommation

Ce contexte planétaire est par ailleurs également renforcé par une mutation profonde des habitudes de consommation, aux plans national et européen. La consommation de vin rouge, figure de proue de Bordeaux, allié par excellence de la viande, s’amenuise du fait de la place accrue prise par l’apéritif, plus favorable aux vins frais (blancs, rosé effervescent) et aux bières, et pâtit d’une tendance végétarienne de plus en plus marquée à table. Plus largement, la consommation d’alcool recule, et, dans la mouvance de la doctrine “consommer moins mais mieux”, une baisse de la fréquence d’achat et des quantités achetées est avérée.En grande et moyenne distribution, les ventes des vins tranquilles d’AOC bordelaises ont chuté de 11 % depuis le début de l’année 2019. Néanmoins, cette faiblesse peut être transformée en opportunité pour les vins de Bordeaux, le consommateur étant prêt à dépenser plus.

Quelles réponses face à la crise ?

Pour surmonter cette crise globale, le salut ne pourra être, selon Bernard Farges, que collectif. “La réponse à la crise à moyen et long terme ne sera complète que si, chacun à sa place avec ses moyens, ses prérogatives, ses champs d’action, mais tous ensemble, en marche groupée et coordonnée, nous nous mettons en mouvement et nous emparons de tous les outils à notre disposition. C’est la force de ce collectif, fédéré, qui permettra d’avancer.” Plus précisément et concrètement, quels doivent être les grands axes à adopter ? “Combler l’écart patent entre notre production et notre commercialisation, limiter notre offre, et augmenter la demande” répond le président.

Pour limiter l’offre, hors de question de produire en 2020 plus de vin en AOC en Gironde qu’il ne peut en être écoulé. “Nous devons mettre en place des outils de régulation de l’offre”, avec des décisions dans les semaines à venir pour la prochaine récolte, un chantier sur lequel planchent déjà certaines ODG et auquel “tout le monde réfléchit”.

Pour impacter la demande sur le court terme avec un budget revu à la baisse, les actions de promotion du CIVB sont recentrées à 80% sur les professionnels (sommeliers, influenceurs, restaurateurs, cavistes, grande distribution…), afin qu’ils se fassent les vecteurs d’une image renouvelée de Bordeaux, plus visible et attractive, auprès des consommateurs. “Bordeaux doit faire son coming-out, martèle Bernard Farges, se montrer tel qu’il est, un Bordeaux incarné par des visages de vignerons, un Bordeaux jeune, féminisé, sensible à la question environnementale, innovant”. Car oui, Bordeaux est dynamique, se réinvente sur de multiples plans, fait bouger les lignes. Pour preuve, sur la question environnementale par exemple, Bordeaux a mis les bouchées doubles depuis quelques années, avec à ce jour, 60% du vignoble certifié par une démarche environnementale, et plus de 500 entreprises HVE à son actif, faisant de la Gironde le premier département de France. Pour aller plus loin, “nous nous engageons désormais dans une démarche RSE, pour responsabilité sociétale des entreprises. Travaillons ensemble à mieux accueillir nos salariés, ayons pour nous-mêmes et toutes nos parties prenantes des exigences fortes en termes d’éthique et de loyauté des pratiques. C’est ainsi que nous assurerons la pérennité de nos métiers, de notre filière”, affirme Bernard Farges.

Cap sur la Tournée de la Saint-Vincent

Pour montrer ce dynamisme, les bonnes résolutions n’attendant pas, dans un élan de visibilité, l’interprofession se mobilise dès début 2020 autour de la Saint-Vincent, fête du saint-patron des vignerons. Durant deux jours, les 24 et 25 janvier, viticulteurs indépendants ou coopérateurs, négociants et courtiers feront la promotion de leurs vins sur le lieu de vente de leur choix. “Cet événement est ambitieux, c’est une première, et ce sera une réussite, j’en suis convaincu”, se réjouit Bernard Farges. Pour preuve : à ce jour, 1 300 professionnels bordelais sont inscrits sur plus de 1 000 points de vente en grande distribution, chez des cavistes, dans des restaurants, et ce, aux quatre coins de la France.