Plus connue pour son pinot noir, l’appellation Mercurey, en Côte-Chalonnaise, recèle aussi de formidables terroirs pour l’expression du chardonnay. Bruno Lorenzon, qui porte haut les deux couleurs de l’AOP, cultive sur le 1er cru « Champs Martin » un blanc d’une pureté incomparable.

Pénétrer dans l’amphithéâtre naturel de Mercurey, à deux pas de Châlon-sur-Saône, c’est mettre un pied dans « l’autre Bourgogne ». Celle, un peu éloignée des grands noms de la Côte-de-Beaune et de la Côte-de-Nuits. Pourtant, Mercurey, ne se situe qu’à quelques kilomètres au sud de ses célèbres voisines, dont elle reproduit le principal des formations géologiques. Souvent plus abordable, la petite sœur chalonnaise aligne de nombreux atouts.

Derrière le nom de Mercurey se cache l’une des plus vastes appellations de Bourgogne, après Chablis. Les vignes, plantées sur un peu moins de 700 hectares, s’étendent sur un terroir argilo-calcaire, complexe et inégal. Autrefois, l’AOP regroupait les vins produits sur les communes de Givry et de Rully, qui ont désormais pris leur indépendance. Seule la commune de Saint-Martin-sous-Montaigu, jouxtant le village de Mercurey, peut aujourd’hui produire des vins éponymes sur quelque 150 hectares. Les vignerons de Mercurey ont voulu, très tôt, compter dans la hiérarchie bourguignonne en entamant des démarches pour obtenir des premiers crus. Ce fut chose faite dès 1943 avec l’obtention d’une première vague de cinq. Désormais au nombre de 32, ils représentent près d’un cinquième de l’appellation.

Rester debout

C’est sur l’un de ces premiers crus que se situe le climat de Champs Martin, au sud de l’AOP. Ici, à près de 300 mètres d’altitude, sur un coteau assez pentu qui regarde vers le sud-ouest, sont cultivés 13 hectares de pinot et de chardonnay par une vingtaine de producteurs. « On l’appelle ainsi car les vignes sont plantées sur d’anciens champs qui appartenaient à la famille Martin », indique Bruno Lorenzon. « Mes 3 hectares et demi sont au cœur du coteau, sur sol calcaire. Ce vin exprime pour moi la droiture, à l’image d’un cavalier qui doit se tenir droit pour rester debout sur ce terroir très en pente ». Chez Bruno Lorenzon, le travail du sol et de la plante est primordial. On entre dans ses vignes comme dans un jardin, où chaque pied est considéré comme une plante fragile. Consultant à travers le monde pour la tonnellerie de Mercurey dans une première vie, Bruno Lorenzon a formé son expérience au cours de ses voyages. « C’est ce qui m’a fait progresser et c’est ce qui me permet d’apprécier ce que je vis maintenant ». En passe de devenir l’un des grands noms de Bourgogne, le vigneron n’a pas peur de cultiver sa différence. Adepte du travail de détail, il laisse ses vins en élevage près de 18 mois. Il utilise également un procédé extrêmement millimétré pour une mise en bouteille selon les phases lunaires.

S’effacer

Méticuleux, jusqu’au-boutiste, Bruno Lorenzon ne laisse rien lui échapper. Son savoir-faire doit servir l’expression du terroir. Travaillant sans intrants, il a investi dans un équipement ultra-moderne. Durant les phases de vinification en cuve, un ordinateur lui donne tous les relevés de l’évolution des jus. « Mon but est de révéler la personnalité de chaque parcelle. Mon approche est respectueuse. Quand on déguste mon vin, on ne doit pas identifier la marque de la vinification et de l’élevage. Le vigneron doit s’effacer ». La dégustation confirme le discours. Elégant, fin et aérien, son 1er cru « Champs Martin » 2011 (26 €) n’est que subtilité. Rien ne s’impose vraiment. Au nez, l’aneth est complété par une légère touche de poivre blanc. On glisse ensuite sur la pêche blanche, confirmée par un effluve de fleur de mandarine. C’est en bouche que le flacon livre toute sa pureté. Après quelques secondes, la minéralité et la salinité exprimées en fin de palais donnent une impression d’accomplissement total. « Le vin est une boisson, c’est sa fonction première. « Champs Martin » fait partie de ces vins que l’on veut finir ». Qu’ils soient blancs ou rouges, les vins de Bruno Lorenzon ne sont pas de ceux qui, explosifs, dévoilent leurs muscles au premier nez venu. Pour les apprécier, il faut prendre le temps de la dégustation, laisser son odorat et son palais faire le reste. Chez Bruno Lorenzon, Mercurey est un appel au voyage.

Par Pierre-Julien Duroussay, photographies Armelle Drouin.
Ce portrait est extrait de « Terre de Vins » n°27, actuellement en kiosques.
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