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Qanopée : La serre du futur pour unir Champagne, Bourgogne et Beaujolais

© THOURAUD SAS CMF MANIERE-MAZOCKY COHESENS URBAN WATER

Auteur

Clément
L'Hôte

Date

24.01.2023

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Les trois vignobles comptent sécuriser leur approvisionnement en pieds de vigne grâce à un lieu de « pré-multiplication », où des clones de porte-greffes et cépages seront conservés. Nom de code : Qanopée.

Touchés – comme d’autres secteurs – par des problématiques de dépérissement liées à des virus, les vignobles de Champagne, Bourgogne et Beaujolais mettent leurs forces en commun pour se fournir en pieds de vigne sains. Le nom de leur association : Qanopée, pour Quart Nord-Est Prémultiplication Collective. Leur projet : construire une serre bioclimatique de « pré-multiplication » du matériel végétal, la première étape pour produire des plants de vigne [lire encadré]. Elle prendra place d’ici fin 2024 dans la commune de Blancs-Coteaux, au sud d’Epernay.

Comme une chambre stérile

« Cette serre sera à la pointe de la technologie, et une première en France », dévoile Thiébault Huber, président de la viticulture bourguignonne et désormais de l’association Qanopée. « Il s’agira d’un espace confiné de 4 500m², avec surpression, ce qui empêchera les insectes de passer. La terre sera remplacée par un substrat en fibres de noix de coco. On peut presque comparer ça à une chambre stérile en hôpital. » Objectif : « assurer l’absence de virus responsables de la dégénérescence des pieds de vigne, devenue trop fréquente dans le vignoble ». Des virus bien connus des viticulteurs, comme le court-noué ou l’enroulement, et responsables de chutes de rendement ainsi que de mortalité des ceps.

Premiers plants en 2027

Ce bijou de technologie implique un budget de 8 millions d’euros, dont une grande partie prise en charge par des fonds européens et les collectivités locales. Les premiers plants issus de cette serre devraient être disponibles dès 2027. « C’est l’autre grand avantage du projet », décrypte Thiébault Huber, « ces conditions contrôlées permettent d’introduire de nouveau clones et porte-greffes sans attendre, pour fournir rapidement les pépiniéristes et en faire des plants en deux ans seulement. Cette réactivité n’existait pas avec la pré- multiplication en pleine terre ». Ainsi, de nouveaux cépages issus de la recherche, et résistants à la sécheresse ou aux maladies du feuillage, pourraient, si besoin, trouver leur place dans cette serre high-tech aux côtés du chardonnay, du pinot noir, du meunier et du gamay.

[ENCADRE] La longue gestation d’un plant de vigne

Les jeunes ceps plantés au printemps ou à l’automne par les viticulteurs naissent à l’issue d’un long parcours.

Étape 1 : la pré-multiplication. Soit la culture des meilleurs variétés de cépages (partie aérienne du cep, qui donne le raisin) et de porte-greffes (partie racinaire) dans une parcelle qui permettra de fournir des boutures.

Étape 2 : la multiplication. Dans ces vignes, on prélève de petits bouts de sarments, qu’on bouture dans d’autres parcelles : ce sont les vignes-mère, où la pousse va permettre de fournir un nombre exponentiel de boutures.

Étape 3 : greffe et reprise. Les pépiniéristes prélèvent des boutures de cépages et de porte-greffes dans les vignes-mères, puis les greffent. Reste à cultiver ces plants en pépinières, ou l’on fait tout pour obtenir leur « reprise », avant de les commercialiser.