(photo ©Ballade Studio et F. Hermine)
(photo ©Ballade Studio et F. Hermine)

Le champagne Alfred Gratien (groupe Henkell-Freixenet) profitait de la rentrée au Bristol à Paris pour présenter sa dernière cuvées en édition limitée, la « Cuvée 595 », un assemblage en solera de cinq millésimes consécutifs (de 2007 à 2011), vieilli neuf ans sur lattes et embouteillé en 2012.

C’est le premier champagne en solera élaboré par le chef de caves Nicolas Jaeger lorsqu’il a pris la succession de son père Jean-Pierre, parti à la retraite en 2007. Car dans la maison sparnassienne, le poste est transmis de père en fils depuis plus d’un siècle ; Nicolas représente la quatrième génération. Avec ce 595 à 65% chardonnay et 35% pinot noir (l’assemblage également de la cuvée haut de gamme de la maison, Le Paradis), pas de fermentation malolactique ni d’ajout de liqueur d’expédition, le sucre en fin de fermentation ayant été suffisant (environ 3g) avant un élevage en pièces bourguignonnes – tous les champagnes Alfred Gratien sont élevés sous bois et quasiment tous les millésimes embouteillés sous bague carrée depuis le début du XXe siècle. Après la Cuvée 565 vieillie 6 ans sur lattes, ce 595 se révèle encore plus séduisant sur des arômes d’agrumes et de fruits blancs, une note pâtissière, des bulles vives et crémeuses se prolongeant sur une finale discrètement saline. Pour accompagner un filet de Saint-Pierre, une poularde de Bresse, un grenadin de veau ou un homard. (155€).

Une vinothèque revisitée

Cette cuvée fait partie de la vinothèque de la Maison (maintenue à 9°C à taux d’humidité constante), au même titre que les trois cuvées Memory (1996, 1997 et 1998), lancées l’an dernier. « Elles sont conservées pendant plus de 20 ans au cœur des caves, et mises de côté dès que le stock du millésime descend sous la barre des 3000 cols, précise le p d-g Olivier Dupré. Il y a quelques années, notre ‘paradis’ dans nos caves creusées dans la craie était caché derrière une vieille porte ; nous avons investi dans une magnifique grille en fer forgé pour abriter les 8000 bouteilles et 1500 magnums… mais Nicolas Jaeger ne m’a jamais donné la clé ». La vinothèque centenaire à 18 mètres sous terre a été entièrement repensée et bénéficie de nouveaux casiers et de lumières sans spectre bleue pour optimiser la conservation.
Le chef de caves estime qu’avec un triplement des ventes en vingt ans (environ 300 000 bouteilles élaborées par an en moyenne), « l’évolution a été raisonnable pour préserver la qualité et elle s’est faite davantage par l’outil pour sécuriser les manipulations et limiter leur pénibilité. Mon métier a également évolué vers davantage de communication et un renforcement des liens avec les apporteurs, une soixantaine. Il est plus facile de leur parler de développement durable et de limitation des intrants autour d’une potée champenoise et d’une coupe de champagne en fin de vendanges qu’à travers un cahier des charges ». Autre évolution ces dernières années, une baisse en douceur du dosage à 9 g pour le brut (avant plutôt 11-12g), 8 pour les millésimes et 6 pour les cuvées Memory, « mais vue la qualité de notre liqueur d’expédition, nous n’irons pas plus loin car le sucre aide à l’évolution et à la garde ».