La Maison Alfred Gratien a décidé d’ouvrir les portes de sa vinothèque en lançant une collection de vieux champagnes, Memory, qui s’ouvre avec trois millésimes remarquables : 1996, 1997 et 1998.

Si la Maison est la propriété du groupe Henkell, leader des vins effervescents, l’approche a tout de celle d’une entreprise familiale. D’abord par sa petite taille : elle commercialise seulement 300.000 bouteilles. Ensuite, par ses méthodes de production artisanale : ici, tout est vinifié sous bois, avec l’un des plus vastes chais à fûts de la Champagne (1000 tonneaux), en plein cœur d’Épernay, dans des bâtiments historiques. La notion de « patrimoine vivant » est essentielle, on s’interdit de délocaliser vers les zones industrielles plus fonctionnelles afin de ne pas transformer la capitale du champagne en simple show-room des grandes marques.

Enfin, parce que quatre générations de chefs de cave se sont succédé de père en fils. L’arrière-grand-père de Nicolas Jaeger a été recruté en 1905, à l’époque de la famille Seydoux ! Inutile de dire qu’on a chez Alfred Gratien le sens du temps long, très long. Et les moyens financiers de Henkell qui a racheté l’entreprise en 2001 ont permis de renforcer cette dimension, avec un vieillissement sur latte qui atteint au minimum quatre ans pour le BSA.

Une identité forte

L’approvisionnement de la Maison lui-même est le reflet de l’ancrage territorial de son étonnante dynastie de chefs de caves : outre quelques crus de la Montagne de Reims, Alfred Gratien a de très beaux approvisionnements sur la Côte des Blancs et sur la Vallée de la Marne, constitués en partie grâce aux relations de Nicolas Jaeger. Tout comme ses ancêtres, celui-ci est en effet en parallèle viticulteur et propriétaire de parcelles avec son frère à Reuil (village de leur père) et au Mesnil sur Oger (village de leur mère). Être vigneron pour un chef de cave, ce n’est pas un mince avantage : on connaît les terroirs comme sa poche et, quand le raisin arrive au pressoir, on est mieux que quiconque capable d’en apprécier la qualité. D’autres maisons ont opéré le même choix : Lanson avec Hervé Dantan ou G.H. Mumm avec Laurent Fresnet.

Quelque part, cette nouvelle collection Memory exprime à merveille cette identité très forte de la Maison Alfred Gratien. Elle a été élaborée à l’époque de Jean-Pierre Jaeger, mais déjà à quatre mains avec son fils Nicolas, en appliquant les mêmes techniques qu’aujourd’hui : 100% vinification en fûts, 100% cuvée, absence de fermentation malolactique. Force est de constater que le bois est le meilleur allié des grands champagnes de garde : la micro-oxygénation agit comme une vaccination contre l’oxydation qui pourrait altérer le vin au gré des années, et les tanins sont d’excellents conservateurs.

Parmi les trois premiers millésimes proposés à la vente, prenons 1996 (65% chardonnay, 18% Pinot noir, 17% Pinot Meunier). Compte tenu de l’acidité de la vendange 1996, il fallait une certaine audace pour ne pas faire de fermentation malolactique… C’est pourtant ce qui donne encore toute sa fraîcheur à cette cuvée remarquable et rare (il n’en existe que quelques centaines de bouteilles !). On appréciera son nez toasté, une fin de bouche avec des notes d’ananas et un côté bonbon anglais. Ce champagne dosé à 6 grammes à peine en a encore sous le capot et peut vieillir 25 ans de plus !

Prix recommandés. Memory 1996: 295 euros, Memory 1997 : 275 euros, Memory 1998: 255 euros.