Pour tous les amateurs, Francis Egly fait partie des figures incontournables parmi les vignerons de la Champagne. Sur son domaine de 15 hectares, à Ambonnay (Montagne de Reims), il fait les vins qu’il aime et dresse un bilan mitigé de ces vendanges 2020.

Pour rencontrer Francis Egly, il faut accepter un rendez-vous “à l’heure du thé”. Avec un domaine de 15 hectares sur les grands crus d’Ambonnay, Bouzy et Verzenay (70% pinot noir, 30% chardonnay), 2 hectares en premier cru (meunier) sur le terroir de Vrigny et 3,25 hectares à Trigny (Massif de Saint-Thierry), l’un des vignerons les plus en vogue de la Montagne de Reims n’a guère le temps de s’épancher. Réputé pour être un homme discret, Francis Egly n’en n’est pas moins bavard quand il “joue à domicile”. Épaulé par sa fille, Clémence, dont le caractère est calqué sur celui de son père, et Charles, son fils, Francis Egly s’applique en famille à faire rêver les aficionados des champagnes “à déguster au moins une fois dans sa vie.”

Egly mania

Ce qu’on pourrait qualifier “d’Egly mania” auprès des amoureux de belles bulles tient en fait à peu de choses. Des raisins cueillis à maturation parfaite, des cuvées aux trames droites avec à la clef un bouquet d’arômes explosifs. Si ce n’est pas une recette miracle, elle est exécutée avec précision.
Avec près de 40 vendanges au compteur, Francis Egly n’a pas attendu que la Champagne lui dicte un code de bonne conduite. “J’ai toujours labouré mes sols, je n’utilise pas d’insecticides et le domaine est en confusion sexuelle, à Ambonnay, nous avons été les premiers il y a 20 ans.”
Dans son chai, sous les arceaux lumineux, 300 fûts du tonnelier bourguignon Dominique Laurent témoignent de la sobriété et de la rigueur dont Francis Egly est coutumier.
“Ici, les vins sont comme dans un écrin, il n’y a pas une vis qui dépasse.” C’est peut-être un détail pour vous mais pour Francis ça veut dire beaucoup. Ces pièces bourguignonnes soigneusement alignées, au-delà de susciter l’admiration, sont aussi une marque de fabrique maison. Pour le reste, tous les vins sont élevés au minimum 3 ans en cave avant d’être commercialisés (jusqu’à 7 ans pour le Grand Cru V.P extra brut), gage de la maturité souhaitée à la dégustation. Ces marques distinctives ont séduit les amateurs qui s’arrachent les cuvées Egly-Ouriet, quitte à les porter en trophées. “Les ventes, c’est la méga folie”, avoue le vigneron.
Clémence, la benjamine, peine parfois à y croire : “Mon père a beaucoup travaillé pour en arriver là”.
Cette starification tient en la qualité des vins plus qu’à la communication de Francis Egly : “je n’ai jamais cherché personne, les personnes viennent me voir”, souligne-t-il.
Ce qui pourrait être traduit comme une pointe d’orgueil n’est en fait qu’humilité. Aussitôt franchi le pas pour rejoindre le lieu de réception du domaine, les rares photos disposées au mur témoignent de la sagesse du quinqua vigneron – seuls quelques magazines et guides peuvent mettre sur la piste.
À l’ère du “vin sur le digital”, la famille Egly ne s’encombre même pas d’un site internet. Les rares photos publiées sur leur compte Instagram, lancé depuis 2017, suffisent à mettre en joie les fidèles du domaine. Le coteau champenois rouge, à son apogée, dégusté en millésime 2013, côtoie les plus beaux pinots bourguignons, avec lesquels seul le silence peut s’accorder.

Des vendanges 2020 en demi-teinte

Francis Egly ne cache pas son désarroi face à la décision de l’abaissement du rendement vendange 2020 (8000kg/ha) acté in extremis à la mi-août par les instances champenoises.
“8000 Kg, ce n’est pas assez. C’est une grande année. Quand la nature vous donne tout ça, il faut le prendre”, ajoutant qu’à l’avenir “il y aura de moins en moins de vins à vendre.”
Il rejoint la perspective donnée par le Comité Champagne instaurant un triptyque qualitatif “2018, 2019, 2020”, nuançant cependant : “la moins bonne année est peut-être 2018 avec des raisins trop abondants, des grappes excessives.” Et de poursuivre : “L’année 2020 a été excellente, le réchauffement climatique nous a porté chance, les vendanges sont plus hâtives et nous avons automatiquement des raisins plus sains, plus matures. Nous millésimerons probablement même si je ne veux pas me précipiter.”

À déguster (au moins une fois dans sa vie)

Grand Cru Blancs de Noirs Vieilles Vignes (118€)
100% pinot noir vieilli en fûts de chêne
60% base 2013 et 40% 2012
Dosage 2gr/l
Des notes de fruits rouges qui traduisent de la concentration des vieux pinots, une minéralité crayeuse, une élégance et une prestance qui fait de ce blanc de noirs un grand champagne. Un pinot taillé pour la table. Très bon potentiel de garde.

Coteaux champenois Ambonnay Rouge 2018 (126€)
Élevé en fût 22 mois
En maître du genre, Francis Egly redonne ses lettres de noblesse au coteau champenois.
Un vin très loin d’être austère à la texture souple et veloutée. Figue, baie de cassis, humus, un grand coteau à garder, le plus longtemps possible.