Après l’échec des premières négociations au mois de juillet pour fixer le rendement annuel, les négociants et les vignerons ont finalement réussi à s’entendre alors que les vendanges ont déjà débuté en Champagne.

En Champagne, on n’est jamais en manque de créativité et c’est une solution originale qu’ont présentée Maxime Toubart, le président du Syndicat Général des Vignerons, et Jean-Marie Barillère, le président de l’Union des Maisons de Champagne lors de la conférence de presse du Comité Champagne du 18 août. En effet, le rendement cette année est fixé à 8000 kilos par hectare, mais 1000 kilos ne seront tirables qu’en fonction des ventes de l’année 2020. Une deuxième décision devrait donc intervenir en janvier lorsque ces chiffres seront connus. Si les ventes sont inférieures à 200 millions, on ne tirera que l’équivalent de 7000 kilos, si elles sont supérieures, on s’adaptera jusqu’à hauteur de 8000 kilos. Une solution qui devrait pallier le manque de visibilité avec un marché français et européen qui montrent pour le moment une certaine résilience grâce au « off trade », alors que le grand export suscite davantage d’inquiétudes, notamment en ce qui concerne les États-Unis et le Japon.

Ainsi s’achève un débat pour le moins houleux qui a provoqué au sein du Syndicat général des Vignerons de vives tensions, en particulier du côté des vignerons indépendants. Ceux-ci, considérant leurs intérêts mal défendus, avaient appelé au mois de juin au gel des cotisations. Face à la fronde, le SGV avait alors sommé la Fédération régionale des vignerons indépendants de Champagne de quitter les locaux du siège syndical. En donnant la possibilité aux vignerons expéditeurs d’acheter du raisin jusqu’à hauteur de 15 % de leurs approvisionnements, l’UMC et le SGV ont cependant cherché à leur permettre de maintenir leur activité malgré la baisse du rendement. Cette mesure sera sans doute d’autant mieux accueillie que les ventes du vignoble aux mois de juin et juillet ont bien résisté. On attend néanmoins encore la signature du ministère.

L’absence de soutien des pouvoirs publics dénoncée

Les tensions ont aussi été vives avec les pouvoirs publics et les deux présidents de l’UMC et du SGV ont tous les deux fait part de leur mécontentement. En effet, dans ce contexte de crise, certains opérateurs champenois pourraient se défausser d’une partie de leurs stocks à bas prix sur le marché des vins sur lattes. Ces bouteilles viendraient alimenter la Grande distribution à des tarifs sans rapport avec l’image et la valeur de l’appellation. Aussi, le SGV et l’UMC avaient demandé à la Commission européenne l’encadrement des prix de ce marché très spécifique. Cette faveur a été refusée. Jean-Marie Barillère, amer, note : « l’État français est capable de mettre 250 millions d’euros sur la table pour distiller ou pour aider au stockage. Ce sont des mesures qui ne concernent pas du tout la Champagne. Et quand on demande des mesures qui ne coûtent rien, on n’a personne dans l’avion. » Bref, le bon élève champenois qui a toujours régulé avec soin sa production en fonction du marché et que les pouvoirs publics posent volontiers en exemple, n’a pas été récompensé. Il en va de même pour la demande d’exonération de charges qui tenait à cœur au SGV.