2015, 2016, 2017…, les très beaux millésimes se succèdent au Château de Côme, autant de preuves que le chemin de Damas choisi est le bon. Pour autant, ce cru reste discret malgré une singularité majeure : celle d’être le premier château de l’appellation Saint-Estèphe à être labellisé en agriculture biologique. Le propriétaire, Maurice Velge, avec toute la sympathie qui le caractérise, nous explique ses choix, ses convictions, sa vision du vin.

Malgré la pression du mildiou en 2018, vous avez tenu bon dans votre “conversion” biologique, pourquoi cet entêtement ?
Vous avez raison, j’ai tenu bon. Quand on commence quelque chose, on ne s’arrête pas à la première difficulté. C’est un fait, nous avons perdu en 2018 près de 65% de la récolte mais avec mon directeur technique José Bueno nous avons décidé de tenir bon. Ce n’est pas un coup de malchance qui va nous faire abandonner sept années d’effort, et le mildiou n’a épargné personne. Nous avons commencé en 2011 avec la conversion bio des premières parcelles puis progressivement sur tout le vignoble pour une consécration sur le millésime 2018. Le bio, pour moi, est un must. C’est une mission de respect de la planète et de la nature. Il faut arrêter d’utiliser des agents chimiques destructeurs. Et c’est enfin un respect du consommateur. C’est ma conviction, de fait ma décision, ainsi on ne s’arrête pas en si bon chemin.

C’est dans la suite logique de votre histoire charnelle avec le Château de Côme…
Oui, c’est une histoire qui remonte déjà à l’année 1995 quand j’ai vendu une bonne partie de mes affaires portuaires qui étaient notamment à Anvers, Bruges et Saint-Nazaire. Je déchargeais surtout des fruits tropicaux, jusqu’à 1,7 million de tonnes par an. Avec cet argent, j’ai réalisé mon rêve, j’ai toujours eu une passion pour le vin, j’achète des primeurs depuis l’âge de 25 ans. Le Château de Côme, une propriété historique de Saint-Estèphe, était à vendre. J’ai rencontré à ce moment là José Bueno qui travaillait chez Mouton Rothschild. Le courant est bien passé. Dans la foulée, j’ai acheté le Château Clauzet. J’ai récemment revendu cette propriété car j’ai passé les 80 ans, mes enfants ne sont pas dans cette gestion, je me concentre désormais sur les 7 hectares en bio du Château de Côme.

Vous êtes le premier Saint-Estèphe en bio, est-ce une fierté, pensez-vous être suivi sur cette voie, est-ce l’avenir pour Bordeaux ?
Bien sûr, je suis fier d’être le premier bio en Saint-Estèphe. Je pense que je vais être suivi, je crois que les propriétés de Bouygues (Château Montrose et Château Tronquoy-Lalande) sont sur cette voie tout comme les vignobles de Jacky Lorenzetti (Château Lilian Ladouys). D’autres vont suivre et d’ailleurs je l’espère. Nous sommes les premiers à avoir tourné le dos au passé. Il faut aller vers le plus naturel possible. Je produis désormais du vin sans ajout de soufre. Déjà que l’agriculture biologique a renforcé la plante, avec une expression aromatique du raisin bien meilleure, le retrait du soufre offre une nouvelle texture, une nouvelle souplesse, c’est incomparable.