Le deuxième Grand Cru Classé de Margaux a inauguré, lors des vendanges 2021, un nouveau cuvier qui vient conclure un cycle de renaissance entamé il y a vingt ans avec l’arrivée du directeur général Dominique Befve, et accéléré depuis la reprise de la propriété il y a dix ans par la Mutuelle d’assurances du corps de santé français (MACSF).

Reconnu 2ème Grand Cru Classé lors du classement de 1855, riche d’une longue histoire remontant au moins au XVIIème siècle lorsque le chevalier Antoine de Lascombes en devint propriétaire, le château Lascombes a connu une période creuse entre 1971 et 2001, lorsqu’il était entre les mains du groupe britannique Bass-Charrington. C’est à partir de 2001 que ce vaste vignoble (130 hectares dont 120 en appellation Margaux) a amorcé sa renaissance, avec son rachat par le fonds d’investissement américain Colony Capital et l’arrivée d’un nouveau directeur général, Dominique Befve, venu de Lafite Rothschild – accompagné de Delphine Barboux, qui prendra en charge la direction technique du domaine, et de l’œnologue-consultant Michel Rolland. Dès son arrivée, ce trio s’emploie à remettre Lascombes à sa juste place dans la hiérarchie des grands crus médocains. Le chai d’élevage est rénové, le foncier agrandi avec l’inclusion en fermage du château Martinens en 2007. Mais comme on le sait, le vin est affaire de temps long, et ce n’est réellement qu’aujourd’hui que Château Lascombes conclut ce cycle de renaissance amorcé il y a vingt ans, avec l’édification d’un nouveau cuvier.

Un certain style « Eiffel »

Entre temps, la propriété a changé de mains, passant en 2011 de Colony Capital à la Mutuelle d’assurances du corps de santé français (MACSF). L’arrivée de ce nouvel investisseur a clairement accéléré le renouveau de Lascombes, permettant notamment ce chantier important qui a vocation à gagner en confort de travail et en précision dans les vins. Après un an de travaux, ce nouveau cuvier a donc été inauguré lors des vendanges 2021. Comme le détaillent Dominique Befve et Karine Barbier, responsable des relations publiques, cet outil conçu par l’agence bordelaise BPM Architectes (Arnaud Boulain, Anne Gayet) a d’abord une vocation technique, puis esthétique. En passant de 32 à 44 cuves inox double paroi, avec encuvage de la vendange par gravité (après passage par un « tunnel de froid » pour des macérations préfermentaires), il permet d’aller plus précisément dans le détail du parcellaire et de travailler la matière avec davantage de délicatesse ; il accueille aussi un « mini-cuvier » expérimental et prévoit également de la place pour des cuves supplémentaires et pour des foudres bois, qui entrent désormais fortement dans l’élevage du second vin, Chevalier de Lascombes. L’ensemble est sobre, fonctionnel, joliment habillé par une toiture intérieure en peuplier, des colonnes en fonte au style très « Eiffel » et un pilier central au rutilant effet miroir, accueillant l’ascenseur pour la circulation des raisins.

Ce bâtiment technique vient donc conclure en beauté un cycle entamé il y a vingt ans et accéléré il y a dix ans, qui a vu Lascombes s’engager fortement sur le volet de l’œnotourisme, notamment. Mais cela ne veut pas dire que Dominique Befve et son équipe entendent se reposer sur leurs lauriers : un rafraîchissement du château est déjà dans les prévisions, et surtout on avance sur les défis environnementaux et climatiques en orientant la propriété vers davantage de sobriété (nouveau parc à matériel, nouveaux transformateurs électriques)…

« Terre de Vins » aime :

Château Lascombes 2011 : un millésime que l’on a trop rapidement « survolé » après 2009 et 2010, et qui ne cesse de délivrer de belles bouteilles après dix ans de garde. Distingué, bien construit autour d’une structure élégante et de tannins finement dessinés, il décline une jolie palette de fruits noirs savoureux auxquels se mêle une note de réglisse et de camphre. Un « classique » taillé pour la table. Prix recommandé 80-90 €.