Ci-dessus : Alix et Gérald Standley
Ci-dessus : Alix et Gérald Standley

Alix et Gérald Standley se sont installés il y a deux ans en appellation Castillon-Côtes-de-Bordeaux, aux confins de Francs et de Puisseguin, reprenant un vignoble de 13 hectares qu’ils ont tout de suite décidé de convertir en biodynamie. Rencontre avec un couple de vignerons qui a de la suite dans les idées.

On ne cesse de le répéter, ça bouge et ça bouge bien du côté de Castillon-Côtes-de-Bordeaux. Cette appellation de la rive droite, située dans le prolongement de Saint-Émilion et partageant avec sa prestigieuse voisine de très beaux terroirs argilo-calcaires qui lorgnent vers la Dordogne, bénéficie d’un beau dynamisme porté par quelques domaines et vignerons emblématiques – dont certains se sont récemment réunis au sein d’une association baptisée « Castillon Caractères » – mais aussi entretenu par de nouveaux arrivants, à l’image de Gérald et Alix Standley. Installés sur l’appellation depuis 2020, ils s’emploient à relancer le vignoble du château Terrasson, situé au croisement avec Francs-Côtes-de-Bordeaux et Puisseguin-Saint-Émilion.

Alix et Gérald ont en commun un beau parcours dans le monde du vin, la première ayant des attaches familiales de longue date dans le Médoc (Château Puy Castéra) et le second ayant fait du vin pendant une dizaine d’années dans le Roussillon, au domaine Le Soula. Tous deux diplômés en agronomie et viticulture-œnologie, ils ont en commun un solide bagage technique et un fort engagement environnemental, auquel s’ajoute un désir profond de faire du vin « à leur façon », ou du moins comme ils l’aiment. C’est ainsi que, lorsque s’est présenté le moment de chercher un vignoble où ils seraient seuls maîtres à bord, la région bordelaise s’est assez naturellement imposée à eux, tant elle offre, à contre-courant des préjugés, de nombreuses possibilités pour les vignerons « qui veulent faire entendre une voix différente« .

Biodynamie, qvevris et vin orange

Le coup de cœur s’est trouvé du côté de Castillon, alors qu’une page se tournait au château Terrasson : un fermage se terminait et le propriétaire vendait. « La vigne n’avait pas été très bien entretenue mais le terroir nous a tout de suite plu », expliquent Alix et Gérald. « 13 hectares situés essentiellement sur le plateau argilo-calcaire, avec un peu de coteaux exposés Nord. Nous en avons arraché environ le tiers, pour faire de la complantation de cépages blancs ; et nous avons pris un hectare de sémillon en fermage, à nos voisins du château Puygueraud. Nous avons donc aujourd’hui 9 hectares en production« . L’encépagement rouge est actuellement de 80% merlot, 15% cabernet sauvignon et 5% cabernet franc, avec une proportion de cabernet franc destinée à augmenter dans les prochaines années.

Immédiatement après avoir repris le vignoble en main, Alix et Gérald ont entamé une conversion en bio et biodynamie, pour aider la vigne à retrouver son équilibre après quelques années de négligence : « les vignes sont d’un bon âge mais elles n’étaient pas bien entretenues, il a fallu tout remettre d’aplomb, apporter beaucoup d’amendements organiques, ne pas lésiner sur les traitements biodynamiques à base d’ortie », souligne Gérald. Très attachés à l’utilisation de levures indigènes, à des vinifications longues et peu interventionnistes ayant recours à peu de soufre, les nouveaux vignerons du château Terrasson aiment aussi varier les possibilités, alternant entre cuves inox, cuves béton, amphores, barriques, foudres et, depuis peu, qvevris (grands contenants en terre cuite enterrés) provenant de Géorgie. La gamme actuelle se compose d’un rouge « classique » en appellation Castillon-Côtes-Bordeaux et de trois vins plus audacieux placés sous la bannière « L’Oxymore » : un blanc sec 100% sémillon, un blanc de macération (ou « vin orange », lui aussi 100% sémillon), et un rouge vinifié en grappes entières. Sur le premier millésime, 2020, on apprécie d’emblée le fruité franc du castillon rouge (20 €), la finesse et la pureté florale du blanc (22 €) et l’équilibre aromatique, sensuel et savoureux, du blanc de macération (25 €). À noter que tous ces vins tournent à 12° ou 12,5° d’alcool, ce qui est suffisamment rare aujourd’hui pour être souligné. Château Terrasson, on n’a pas fini d’en parler.

chateauterrasson.com