(photo ©DOMINIQUE SILBERSTEIN)
(photo ©DOMINIQUE SILBERSTEIN)

À l’occasion du lancement par la Maison Krug du Clos du Mesnil 2006, Terre de vins est allé à la rencontre de Julie Cavil, la nouvelle Cheffe de Caves qui a succédé le 1er Janvier dernier à Eric Lebel.

Pouvez-vous nous donner les grands principes qui guident l’élaboration du Clos du Mesnil ?
Le Clos du Mesnil, c’est pour moi la plus belle illustration du savoir-faire de la maison : qu’est-ce que Krug est capable de faire avec un raisin donné, à un endroit donné, une année donnée ? Nous sommes ici sur 1,84 hectare en plein centre-ville. Pour se donner une idée, c’est l’équivalent de la place Vendôme. Tout le village du Mesnil-sur-Oger s’est construit autour de cette parcelle en lui procurant un micro-climat. Les habitations coupent ainsi le vent et emmagasinent la chaleur. Si bien que c’est souvent ici, au moment des vendanges, que les premiers coups de sécateur de la Maison sont donnés.
Ce jardin de centre-ville se décompose lui-même en six parcelles. Chacune ne mûrit pas aussi rapidement, parce qu’il y a différentes années de plantation, des grands arbres qui font de l’ombre sur le bas du clos tous les matins, une petite partie plus enserrée dans le mur qui réfléchit la chaleur et qui lui donne un peu plus d’avance… Dans la mesure où nous avons une œnologie très peu interventionniste et où nous n’avons pas les moyens de modifier quoi que ce soit, la date de la cueillette pour nous est cruciale. C’est en effet uniquement à partir de ce que nous obtenons à la vendange que nous travaillons. Lorsqu’on suit ces six micro-parcelles, on va déguster leurs raisins pendant trois semaines. Quand il n’y a plus de petites notes végétales, quand on a l’impression de croquer dans l’agrume, juste avant que cela ne passe sur les fruits blancs un peu plus mûrs, on fait en sorte de vendanger dans les 24 heures. Nous sommes très intéressés par cet agrume-là, et vous allez le retrouver dans toutes nos cuvées. Ce qu’on veut essayer d’obtenir, c’est la meilleure expression possible pour chacune de nos parcelles quitte à en espacer les cueillettes, plutôt que de moyenner l’ensemble.

Quels sont les critères sur lesquels vous allez juger ou non de sortir le Clos ?
Soit il est représentatif de ce chardonnay ultime qu’on a en tête, soit il ne l’est pas. C’est à dire cette ligne droite qui ne s’arrête pas autour de l’agrume, avec si possible une petite austérité dans les premières années avant de finir en petite peau de pamplemousse très subtile pour lui donner cette longévité, cette tension. On vise cette colonne vertébrale. Après, on laisse aussi l’année s’exprimer : 2006, on voit que c’est un peu plus enveloppé, on a un peu plus de charme, d’épaisseur, d’ampleur que certaines années. Mais cela doit être hyper net, hyper précis. Vous ne devez pas avoir un seul doute, à un seul instant, sur où on va depuis le début du nez jusqu’à la fin de la bouche. Il faut une cohérence parfaite entre la promesse qu’on vous fait au nez et ce que vous trouvez en bouche.

Comment vous décririez justement ces arômes ?
Le nez est mûr, avec du fruit juteux, un peu de pâtisserie, des notes mentholées, réglissées qui font que cela élève le menton et qui lui donnent un côté racé, très classe, pas commun. Pour moi, ça c’est le clos. Et on retrouve cette décomposition en bouche. On est d’abord surpris parce que cela envahit tout le palais, on est effectivement sur quelque chose qui charme, et puis on termine par cette finale qui nettoie le palais pour la prochaine gorgée. Cela a beau être un seul cépage, une seule année, il y a une notion de contrastes, en particulier entre cette maturité et cette tension à la fin. À un niveau moindre par rapport à la Grande Cuvée mais qui est quand même présent. C’est la signature de la Maison : cette capacité à réconcilier les paradoxes. Ce n’est pas un vin neutre qui vous laisse indifférent, il se passe quelque chose.

Krug Clos du Mesnil 2006, prix indicatif 950 €.