Benoît Trocard, le dynamique propriétaire du Clos Dubreuil à Saint-Emilion, vient de dévoiler son deuxième millésime en blanc. Un blanc atypique, puisqu’il s’agit d’un 100% chardonnay, produit en Vin de France sur la rive droite de Bordeaux.

Les amateurs de Saint-Emilion connaissent déjà bien Clos Dubreuil, domaine familial de 7, 5 hectares situé sur le plateau argilo-calcaore de Saint-Christophe des Bardes, près de Saint-Emilion. Benoît Trocard, à la tête de la propriété depuis 2002, a considérablement investi – en temps, en argent, en ambition – pour hisser haut son Saint-Emilion Grand Cru, sorti premier à l’aveugle lors de notre dégustation “La Jeune Garde de Saint-Emilion” et récemment salué par la Coupe des Crus de Saint-Emilion.

Un “Vin de France” qui séduit l’Amérique

Mais le jeune viticulteur ne se repose pas sur ses lauriers. Il s’est lancé en 2010 dans une nouvelle aventure : produire du blanc sur la Rive Droite de Saint-Emilion. “Du temps de mon arrière grand-père, on produisait beaucoup de blanc, surtout du sémillon”, rappelle-t-il. “J’ai dégusté de vieux blancs de la région qui m’ont bluffé et, ayant fait deux millésimes en Australie pendant mes classes, je me suis pris d’amour pour le chardonnay. Je rêvais depuis longtemps de travailler ce cépage – d’autant que je ne voulais pas aller marcher sur les plates-bandes des blancs de Bordeaux qui ont déjà solidement ancré leur réputation, notamment les blancs de Graves et de Pessac-Léognan, à base de sauvignon et de sémillon”.

Ce sont les demandes répétées du marché américain, où Clos Dubreuil est bien distribué, qui ont poussé Benoît à franchir le pas, “mais aussi le fait que la dénomination ‘Vin de Table’ est devenue ‘Vin de France’, ce qui est beaucoup plus valorisant à l’export”. En 2010, il décide donc de planter un peu moins d’un hectare de chardonnay sur un beau coteau argilo-calcaire, exposé sud. Clones bourguignons, densité de 7500 pieds/hectare et, dès le départ, une volonté de signer des blancs sur la fraîcheur, taillés pour la garde et la gastronomie. “Je ne voulais pas d’un chardonnay trop beurré ou toasté, d’où la volonté de ramasser à bonne maturité, en se fiant au pH, pour ne pas être lourd ou pâteux, et de minimiser la part de bois neuf dans l’élevage (30%, ndlr)”, précise Benoît Trocard. On a ainsi un blanc qui n’est pas sur un profil minéral bourguignon, mais avec un caractère plutôt floral, et de très belles notes d’agrumes. Une très jolie réussite, qui a certes son prix (50 € prix caviste) mais devrait trouver sa place sur les belles tables.

Le chardonnay, très tendance dans le Bordelais

Après un premier millésime très confidentiel en 2013 (1200 bouteilles), le 2014 qui vient d’être mis en marché (1800 bouteilles) est déjà “une belle représentation de ce que nous voulons faire avec ce chardonnay, déjà sur la finesse et l’élégance… et il est étonnant de voir à quelle vitesse la vigne s’adapte en production et donne une belle qualité. Ce qui prouve que nous avons choisi le bon terroir et le bon cépage”. 2600 bouteilles sont annoncées pour le millésime 2015 en cours d’élevage, que Benoît annonce comme “encore plus affirmé. Et j’ai hâte de voir ce que donnera le 2016”. Il projette déjà de planter 45 ares supplémentaires en 2017. Et envisage déjà de vinifier partiellement en œuf béton pour éviter de bâtonner.

Le succès de ce Dubreuil Chardonnay confirme que le cépage blanc emblématique de la Bourgogne a la cote actuellement dans le Bordelais : il y a quelques mois, nous vous parlions déjà de la cuvée “Nouvelle Terre” des Vignobles Mouty ; et il y a quelque jour, la viticultrice et œnologue Dany Rolland nous annonçait son intention d’en planter dans le Fronsadais ; tandis que, sur l’autre rive, le château du Tertre (Margaux) s’apprête à dévoiler un blanc encore plus atypique, assemblage de viognier, chardonnay, gros manseng et… sauvignon. Nous vous en reparlerons très bientôt.