Alors que le nouveau classement 2020 vient de sortir, beaucoup de propriétaires se félicitent de leur classement en cru bourgeois (179 classés), même s’ils n’ont pas une mention “Cru Bourgeois Supérieur” ou “Cru Bourgeois Exceptionnel”.

Le classement de 2003 avait été annulé par un arrêt de la Cour Administrative d’Appel de Bordeaux, et depuis le système mis en place utilisait le label Crus Bourgeois sans rétablir une hiérarchie. Le nouveau classement est valable cinq ans, applicable du millésime 2018 au millésime 2022. Quels bénéfices ces châteaux peuvent-ils en attendre ?

Un classement qui boostera les ventes

Sandrine Heraud, du château Saint Christoly (cru bourgeois) voit dans ce changement “la possibilité pour les professionnels CHR (Cafés Hôtels Restaurants) ou GD (grande distribution) de mieux faire des suivis, et des contrats un peu plus longs”. Il y a donc désormais la possibilité de voir plus loin qu’à l’horizon d’une année. Pour ces réseaux de distribution l’obtention de la mention Cru Bourgeois est cruciale car comme le dit toujours Sandrine Héraud : “le consommateur qui vient au château est davantage intéressé par ce qu’il goûte” que par le sticker “cru bourgeois” sur la bouteille. Par contre, ce même consommateur dans un rayon de supermarché n’a pas la possibilité de goûter et s’en remet donc à ce qu’il lit sur la bouteille et plus particulièrement les mentions de médaille à divers concours, ou lorsqu’il s’agit d’un vin du Médoc, la mention Cru Bourgeois. Agathe De Langhe du château Patache d’Aux (Cru Bourgeois) parle “d’une meilleure lisibilité pour le consommateur”, ce consommateur qui pour Sandrine Héraud du château Saint Christoly “est de plus en plus initié, a la possibilité de se cultiver facilement et va chercher l’information”.

Beaucoup de châteaux dépendent donc des cavistes, des restaurateurs et des négociants et lorsque ceux-ci représentent 70% de vos ventes, le classement prend une tout autre importance. Et Sandrine Héraud de résumer : “la peur de ne pas être cru bourgeois c’est la peur de perdre des marchés, surtout en temps de crise”. Mais si la lisibilité de ce classement sur le marché intérieur semble presque acquise, qu’en est-il à l’exportation ?

Quelle lisibilité hors de nos frontières ?

Pour Marion Besson, responsable marketing du château Maison Blanche (cru bourgeois) appartenant à Maison Bouey grands crus (6 châteaux en Médoc), “ce Classement est reconnu à l’export et c’est une aide à la vente”. Un point de vue que nuance Agathe Delanghe du château Patache d’Aux : “ce classement est important pour les marchés internationaux. Sur les marchés émergents, il éveille la curiosité mais il n’est pas encore suffisamment connu : d’où le travail important du syndicat pour assurer sa promotion”.
En tous cas, comme le dit Bernard d’Halluin, propriétaire du château Charmail (Cru bourgeois Exceptionnel), “ça change la commerciabilité“.

Et le prix de la bouteille dans tout ça ?

Sans nul doute que les classés vont augmenter leur prix, raisonnablement semble-t-il, car comme le dit toujours Bernard d’Halluin pour ses vins, “il faut passer le plafond de verre de 10 € HT”, “pour une bouteille que le consommateur va trouver à 20 € TTC dans les rayons”.
Même constat pour Sébastien Long, le tout nouveau directeur gérant du château Cambon la Pelouse (Cru Bourgeois Exceptionnel, vainqueur de la coupe des crus bourgeois 2019) : “les prix ne seront pas augmentés, sinon très très peu”.
Pour Jean Luc Zell, gérant du château d’Agassac (cru bourgeois exceptionnel), “le prix des vins était déjà positionné à leur niveau qualitatif” : donc pas d’augmentation. Et lorsqu’on lui demande quel impact ce classement a eu sur son équipe… “L’équipe est extrêmement heureuse”, nous dit-il. Même constat quel que soit le château. Même si pour certains l’objectif de ces dernières années aura été de mettre un peu de moyens pour satisfaire les exigences du cahier des charges (10 critères) du classement, ce dernier aura été surtout la conséquence d’un long travail collectif.

Un outil de dynamisme important…

A Charmail, Bernard d’Halluin tient à préciser que ce résultat est “la reconnaissance de tous les efforts qui ont été faits (chais et bâtiments). On s’est donné les moyens d’être classé. C’est une victoire collective et c’est 25 ans de travail récompensé”.
Même son de cloche à Patache d’Aux où Agathe de Langhe insiste en affirmant qu’il s’agit là du “résultat d’un virage qualitatif. Ce qui a primé c’est augmenter la qualité de nos vins et non répondre à la satisfaction du cahier des charges, même si ce virage a été pris très récemment et ne nous a pas permis de bien se positionner pour la mention” (NDLR A la fin de l’année 2016, Antoine Moueix a acquis cette propriété). Car en effet, il faut du temps pour infléchir une trajectoire et obtenir un classement “ne se décrète pas”, rappelle Bernard d’Halluin.

Et ce n’est pas Sébastien Long de Cambon la Pelouse qui contredira cette nécessité d’avoir du temps pour améliorer la qualité, car ce château vient lui aussi d’être racheté en 2019 par Treasury Wine Estates. Et de dire que ce classement est la “reconnaissance du travail accompli par l’ancien propriétaire Jean-Pierre Marie, car la qualité du vin a été évaluée sur les dix dernières années”.

Une valeur foncière qui monte

Treasury Wine Estates ne doit pas regretter son achat juste avant le classement 2020 qui sans nul doute aura fait grimper la valeur foncière de tous les crus bourgeois nouvellement classés. Des crus bourgeois qui sont désormais une porte d’entrée pour une notoriété mieux affichée.

“C’est challengeant“, s’enthousiasme Jean-Luc Zell du château Agassac. Car il faut commencer d’ores et déjà à maintenir le rang. Et pour certains de tenir leur promesse car le classement a parfois été obtenu avec une demande d’engagement pour acquérir une certification environnementale en 2025.
Et pour Bernard d’Halluin à Charmail, “ce classement devrait créer une dynamique de l’ensemble des crus bourgeois. Il faut que cette famille fasse maintenant de la qualité à tous les étages”.
Une manière de dire qu’il faut honorer son rang bien entendu mais aussi légitimer l’alliance des crus bourgeois qui a beaucoup œuvré pour la renaissance de ce classement et qui doit maintenant le promouvoir en s’appuyant sur l’inlassable travail des châteaux.

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