Au fil des décennies, ce cru du haut-Médoc s’est imposé comme une référence mais le parcours a été long. De la Tunisie à l’estuaire de la Gironde, cette saga familiale se perpétue aujourd’hui avec une nouvelle génération à la tête de la propriété.

L’histoire de la famille Pagès aurait pu ne jamais croiser la route des vignobles bordelais. A la fin du XIXème siècle, l’arrière-arrière-grand-père de Frédéric le Clerc et Benjamin Richer de Forges, les deux cousins actuellement à la tête du château, s’installe en Tunisie devenue quelques années un protectorat français. Maurice Crété y développera un vignoble. Son petit-fils Marc Pagès quittera le pays dans les années 1960 et reviendra s’installer en France. Son choix va alors évidemment se tourner vers l’achat d’un vignoble, cœur des affaires familiales depuis des décennies. Avec deux autres compagnons revenus de Tunisie, il va décider de racheter la Tour de By. Cette propriété est très ancienne, son origine remontant au moins au XVIème siècle. Benjamin Richer de Forges aime à rappeler qu’un « château anglo-gascon rasé par Louis XIII s’y trouvait historiquement » et que « les garnisons buvaient du vin du château ». C’est toutefois un vrai pari sur l’avenir car, en 1965, le vignoble est en mauvais état, beaucoup de pieds sont notamment manquants. S’ensuivront donc de nombreuses replantations au cours des décennies 1970, 1980 et 1990. Beaucoup de soin sera apporté à la propriété par Marc Pagès qui se fera notamment épaulé par le grand Émile Peynaud. En point d’orgue, le classement en 2003 du château comme « cru bourgeois supérieur ».

Poursuivre les efforts

Marc Pagès aura profondément marqué l’histoire de la Tour de By. En 2005, son petit-fils Frédéric le Clerc le rejoint au domaine. Après son décès en 2007, c’est Benjamin Richer de Forges qui rejoindra lui aussi la propriété. Pas question pour autant de faire la révolution. Le changement s’inscrit ici par petites touches. Le peu de cabernet-franc (2%) qui se retrouvait parfois dans les vins est désormais écarté. Le style des vins évolue légèrement. La recherche d’une maturité plus optimale des raisins est désormais systématique. « L’idée est de produire désormais un vin plus fruité, avec encore davantage de densité, toujours de garde mais pour autant plus souple dans sa jeunesse » résume Benjamin Richer de Forges. En termes d’élevage, le bois neuf est légèrement plus présent (on est passé de 20% à 30%) mais celui-ci se fait très discret à chaque millésime.

D’importants travaux sont également prévus en 2019 pour créer un cuvier moderne plus en phase avec les ambitions des propriétaires, notamment la possible reconnaissance de la Tour de By comme « cru bourgeois exceptionnel ». La qualité de certains millésimes témoigne en effet d’un très bon niveau qualitatif. 2015 est très prometteur, complexe, dense et racé. A 20 € c’est un très bon rapport qualité-prix. Son aîné 2010 est lui parti pour faire date. Encore un peu massif, il charme déjà de ses notes d’épices (cannelle, girofle). Des réussites qui en rappellent d’autres, sous l’ère de Marc Pagès. Le 1990 est tout simplement impressionnant aujourd’hui avec ses arômes fumés, lardés et de rose ancienne. Une symphonie en bouche qui n’est pas près de s’éteindre !