(photo F. Hermine)
(photo F. Hermine)

Seule l’AOC rhodanienne pourra désormais utiliser la dénomination Côte-Rôtie sur ses étiquettes ; Saint-Véran, qui ambitionnait de faire d’un de ses lieux-dits Côte-Rôtie un premier cru, devra trouver un autre nom.

Il n’y aura désormais de Côte-Rôtie qu’en Côte Rôtie. L’Inao vient de se prononcer en faveur de l’AOC de la vallée du Rhône Nord qui l’avait saisi fin 2016 pour interdire l’utilisation de Côte-Rôtie pour un climat de l’AOC Saint-Véran en Saône & Loire. Une décision en accord avec la réglementation européenne de protection des appellations d’origine. La mention bourguignonne, qui existe également depuis plus de deux siècles, identifie un terroir solaire à forte pente, caillouteux et exposé plein sud. Elle représente actuellement moins de 10 ha dont seulement une partie est revendiquée avec la mention Côte-Rôtie mais « cet automne, les services juridiques d’Inter Rhône nous avait signalé quelques abus sur internet où l’on commençait à voir des étiquettes de Saint-Véran mettant davantage en avant la mention que l’appellation, explique Mickaël Gerin, vice-président de l’appellation rhodanienne. Il est vrai qu’auparavant, nous n’avions pas réagi car elle était peu utilisée et nous avions des scrupules à intenter une action contre des viticulteurs qui travaillent comme nous. Mais on ne peut pas laisser la porte ouverte à une telle utilisation dont pourraient s’emparer des industriels qui, eux, n’auraient pas de scrupules ». Par ailleurs, il devenait d’autant plus urgent de protéger la dénomination rhodanienne que le climat du Macônnais était pressenti pour passer en premier cru…ce qui n’aurait pas manquer d’accentuer la confusion dans l’esprit du consommateur. Un précédent avait déjà eu lieu en 2014 concernant l’utilisation d’un lieu-dit Côte-Rôtie par un opérateur de Chiroubles, l’un des crus du Beaujolais…et avait abouti à la même interdiction.

Une demi-douzaine de vignerons concernés

Les Rhodaniens se sont donc résolus à adopter une stratégie de défense de l’appellation à la champenoise, à la grande déception des vignerons bourguignons qui argumentaient du fait que leur côte-rôtie.était en blanc 100% chardonnay tandis que l’AOC Côte-Rôtie était uniquement en rouge, quasi exclusivement syrah, ce qui ne pouvait prêter à confusion. « Nous pensions aussi pouvoir trouver un accord car notre climat était déjà inscrit au cadastre napoléonien, regrette Kevin Tessieux, président de l’AOC Saint Véran. Cela ne concernait qu’une demi-douzaine de producteurs, produisant au total moins de 15 000 bouteilles. Et ceux-là respectent les règles d’étiquetage mais, même si nous pensons que nos confrères ont eu tort de s’inquiéter, il est vrai que l’on ne peut pas contrôler ce qui est affiché sur internet ».

Saint-Véran va donc plancher avec l’Inao sur un nouveau nom pour leur futur premier cru, « et cela nous permettra d’avoir une histoire en plus à raconter » conclut Kevin Tessieux avec un sourire doux amer.