(photo F. Hermine)
(photo F. Hermine)

L’interprofession des vins de Provence (CIVP) a organisé cette semaine une visioconférence pour faire le point sur les tendances et les marchés des rosés de Provence. Elle affiche un bilan en léger retrait qui lui permet de “rester modérément optimiste” et entame la nouvelle campagne avec un petit (en volume) mais bon millésime 2020.

Sur un marché rosé très concentré, la France reste de loin le premier producteur (28% de la production mondiale de 26,4 M hl devant 19% pour les Etats-Unis et 17% en Espagne) et le premier consommateur (34% du total monde de 25,6 M hl), également très loin devant les Etats-Unis (2%), amateur historique de blush et de plus en plus de dry rosé. La France consomme même plus de rosés qu’elle n’en produit (la Provence pèse 38% de la production AOP française en rosé). Néanmoins, les amateurs progressent en Angleterre, en Allemagne, aux Pays-Bas et même en Asie, des marchés à fort potentiel mais où les rosés pèsent encore moins de 5% de la consommation globale. La consommation mondiale a néanmoins déjà progressé de 40% en 20 ans. “La demande est de plus en plus tirée par les millenials, amateurs de rosés qu’ils perçoivent comme trendy et romantiques, commente Brice Eymard, directeur des vins de Provence. L’observatoire du rosé a constaté une demande sans cesse croissante depuis une dizaine d’années de ces rosés qu’ils veulent de plus en plus pâles, secs (les vins les plus secs entre 0 et 3,99 g de sucre/l. sont passés en cinq ans de 16 à 22%), fruités et aromatiques…c e qui correspond au style provençal de plus en plus copié”.

Une région encore en hausse à l’export

A l’exportation, selon le dernier bilan de la FEVS, la Provence a progressé de 5,6% en volume à près de 5 millions de caisses (de 12 bouteilles) et de 0,7% en valeur pour un chiffre d’affaires avoisinant les 30 M €. Dans un contexte baissier, la performance est notable. “Avec des sorties de chais en baisse de 6% seulement sur l’année pour les vins rosés, les Vins de Provence ont réussi à limiter les effets des mesures de restriction qui ont impacté plusieurs de ses circuits de distribution, en particulier la restauration”, commente Brice Eymard. Les différentes appellations provençales ont commercialisé un peu plus d’1 M hl de vin rosé en 2020, soit l’équivalent de plus de 134 millions de bouteilles dont 57,3 M exportés. L’export est ainsi passée en un an de 38% à 43% des ventes (10% il y a 10 ans). Les fortes croissances au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, au Canada mais également en Allemagne et en Belgique ont permis de compenser le ralentissement du marché américain consécutif à la mise en place des taxes Trump mais limité à -6%. La progression multi- marchés témoigne du fort potentiel de développement des vins rosés à l’international. Toujours dans le top 3 des exportations, les Etats-Unis (41% de parts de marché), la Grande-Bretagne (20%) et les Pays-Bas (7%). En 2020, les marchés étrangers ont justement été l’objet de plusieurs campagnes spécifiques, dont des masterclass digitales aux États-Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande (après Séoul et Shanghai) ou des missions en Chine et en Corée du Sud…

Cap sur le digital et la vente directe

Le point noir est sans surprise la restauration en raison des différentes mesures de confinement ou de couvre-feu mais le choc a pu être amorti grâce à la croissance des ventes en grande distribution (+2%) et à l’export, en hausse de 6%, par la montée en puissance du e-commerce et de la commercialisation en direct dans les caveaux qui ont profité d’une fréquentation estivale record. Le CIVP estime à 30% la consommation de rosés en région qui a été dopée par la capacité d’innovation des vignerons pour offrir de nouvelles solutions de commercialisation (livraisons gratuites à domicile, drives…). Pour la campagne 2021, le budget interprofessionnel a voté une enveloppe de 6,5 M €, en augmentation comparé aux 5,80 M€ en 2020. L’accent a été mis sur la communication digitale, les visioconférences et les réseaux sociaux en attendant le retour des salons comme Wine Paris en juin et des événements cet été en région.

Un millésime 2020 bon mais petit

2020 s’est révélé un petit millésime en volume, la quatrième plus petite vendange pour la Provence (en retrait de 2% à 1,136 M hl comparé au petit millésime 2019 mais dans la moyenne quinquennale). Mais c’est un bon millésime malgré l’épisode de gel du début de printemps, avec des pluies plutôt faibles, un été chaud sans trop d’épisodes caniculaires et peu de stress hydrique. “Les volumes des Côtes-de-Provence sont en baisse de 4% et ceux des Coteaux Varois de 7% malgré les nouvelles surfaces entrées en production dans les deux appellations, tandis que les Coteaux d’Aix ont fait un bon de 12% car ils n’ont pas été impactés par le gros épisode de gel de fin mars, détaille Brice Eymard. Au global, ce n’est pas très bon mais dans le contexte actuel, ce n’est pas si mauvais. Nous avons des stocks pour la première fois depuis trois ans, surtout chez les opérateurs qui vendaient beaucoup en restauration, mais ça peut rééquilibrer la période de surchauffe sur les prix et nous restons finalement ‘modérément optimistes’ pour la saison à venir”. “Nous restons combatifs, confirme Jean-Jacques Bréban, président du CIVP. En 2020, nous avons su faire preuve de résilience. À l’arrivée, nos résultats sont moins négatifs que ce qu’on pouvait craindre. 2021 ne sera pas une année facile mais nous restons ambitieux. Il faut continuer à entreprendre, innover, communiquer”.

L’interprofession poursuit d’ailleurs sa conversion en bio et en HVE avec plus de 40% cette année convertis en bio et en HVE pour approcher 100% en 2025, et renforce son programme de R&D visant la réduction de l’impact environnemental avec de nouveaux cépages et un changement de pratiques dans les cinq ans à venir.