Pour ses deuxièmes vendanges à Clos de Boüard, la propriété qu’elle a rachetée l’année dernière, Coralie de Boüard doit faire face à la dure réalité d’un millésime fortement impacté par le gel printanier. Mais elle garde une énergie intacte pour cajoler « son bébé ».

Dans la famille de Boüard, demandez Coralie. Énergique et volontaire, la jeune femme a semble-t-il décidé de faire coûte que coûte ce que sa passion lui dicterait, y compris lorsqu’il s’agit d’aller à l’encontre des conseils paternels. Tête dure et tête bien faite, celle qui a grandi en jouant entre les barriques d’Angélus et s’est investie depuis plusieurs années à hisser La Fleur de Boüard (25 hectares en Lalande-de-Pomerol) parmi les « marques » qui comptent sur la rive droite de Bordeaux a eu l’opportunité, l’année dernière, de réaliser son rêve d’enfant en ayant « son vignoble à elle » : c’est ainsi qu’elle a racheté le château Tour Musset au groupe Castel, en appellation Montagne Saint-Emilion.

Rebaptisé Clos de Boüard, ce vignoble de 30 hectares situé sur de jolis terroirs argilo-calcaires est devenu le « bébé » de Coralie. Avant même d’en finaliser l’acte d’achat en septembre dernier, elle avait demandé à reprendre en main la conduite du vignoble dès le printemps précédent – pour retravailler les sols, reprendre la vigne en main, et s’assurer de la qualité des raisins qu’elle rentrerait dans le cuvier. La suite lui a donné raison : bien qu’encore en cours d’élevage, Clos de Boüard 2016 affiche déjà un profil très prometteur, un séduisant jus plein et pulpeux qu’on a hâte de regoûter lorsqu’il sera mis en marché (aux alentours de 30 €) ; sa « petite sœur », la Dame de Boüard 2016, joue sur un registre beaucoup plus léger et délicat, mais a déjà ses adeptes ; à 15 € prix public, c’est un très joli rapport qualité-prix.

« Enthousiastes et déprimés »

Heureusement, l’entrée en matière s’est faite sous de bons auspices. Car pour son deuxième millésime à Clos de Boüard, Coralie n’est pas confrontée aux mêmes conditions : « on est à la fois enthousiaste et déprimé ; enthousiaste parce que l’on veut tirer le meilleur de ce que l’on a, et que l’on rentre quand même de beaux raisins, qui donneront de beaux vins ; déprimé parce que le gel nous a très durement impactés, et que les volumes vont être dramatiquement bas ». Les gels du printemps n’ont en effet pas été tendres : Coralie estimait jusqu’ici « les pertes autour de 60-70%, mais avec les vendanges, l’estimation s’élève plutôt entre 80 et 85% » (sachant que La Fleur de Boüard a été frappée à 100%, NDLR). « On travaille à un rythme très étrange », poursuit Coralie. « Nous avons commencé les vendanges le 19 septembre et nous sommes déjà en train de finir. Quand tu as sept coupeurs qui remplissent sept cagettes, c’est vraiment désarmant ; là nous sommes à 140 hectolitres de vin, contre plus de 1700 l’année dernière ».

La précocité générale du millésime, qui a commencé par un printemps chaud avant que le gel ne vienne s’abattre sur les vignes, a conditionné cette récolte microscopique. « Et en prime, avec cette arrière-saison à la météo incertaine, on ne peut pas se permettre d’attendre, la pourriture pourrait nous guetter et ce serait encore plus grave ». Bref, ce 2017 de Clos de Boüard sera extrêmement rare. Et contrairement à d’autres, Coralie ne peut pas jouer sur la rareté pour augmenter ses prix : « je suis à peine en train de lancer une marque, je veux l’installer et la faire connaître, alors oui, ça fait peur de produire aussi peu de bouteilles ». Malgré tout, le vin disponible aura été fait avec la même application et la même exigence. Avec son frère Quentin et son assistant Jocelyn, Coralie veille scrupuleusement au tri des baies, et pige elle-même à la main en barrique les raisins qui serviront à faire une « cuvée spéciale » pour l’instant top secrète. On le voit, même face à l’épreuve, la vigneronne reste optimiste. Tête dure et tête bien faite.