“De par sa situation géographique exceptionnelle, son site viticole unique et son histoire, le Château d’Aussières est un de ces lieux sauvages et naturels qui dégagent une grande force et une grande beauté”, tel fut le constat du Baron Eric de Rothschild au moment d’acquérir Aussières en 1999. Vingt ans plus tard, le travail de fond entrepris à la vigne et au chai dessine l’avenir de ce domaine, l’un des plus beaux et des plus anciens domaines du Narbonnais, dont l’ambition ne se dément pas.

L’histoire viticole d’Aussières remonte à l’époque romaine : il fait partie des grands domaines de la “Narbonnaise”, fournisseurs en vin de Rome. En l’an 92, l’Edit de l’Empereur Domitius impose un arrachage massif des vignes hors d’Italie pour limiter la concurrence des provinces de l’Empire en général, et de la Narbonnaise en particulier.

Au Moyen-Âge, Aussières est pendant près de huit siècles une propriété abbatiale ; elle entre dans le giron de Fontfroide en 1211 et le reste jusqu’à la Révolution, avec la fonction de “grange cistercienne” c’est-à-dire d’exploitation agricole chargée d’approvisionner l’abbaye, notamment en vin.

La production de vin entre en sommeil avec la Révolution mais, dès la fin du XIXème siècle, Aussières retrouve sa vocation viticole au moment où le chemin de fer permet au vignoble languedocien de répondre à la demande des villes industrielles du Nord, d’autant mieux que le mildiou et surtout le phylloxéra, venus des Etats-Unis, ravagent les autres vignobles français. Le Languedoc, touché en premier par le phylloxera dans les années 1880, a été le premier à s’en remettre. De 80 hectares de vignes au début du XIXème, Aussières culmine à 270 hectares dans les années 1920-1930 et est alors un hameau vigneron où vivent 120 personnes à l’année (et jusqu’à 300 pendant les vendanges) avec sa boulangerie et son école. Puis elle entame un long déclin au cours du XXème siècle, à l’image d’un Languedoc qui a su depuis se réinventer.

Acquise en 1999 par les Domaines Barons de Rothschild (Lafite), la propriété de 400 hectares fait alors l‘objet d’un d’un plan de réhabilitation qui atteint en 2020 un palier d’où s’élancer vers l’avenir.

Une reprise en main colossale à la vigne et au chai

“La plupart des 174 hectares du vignoble ont été plantés entre 1999 et 2002”, explique Jean-Charles Forge, le Responsable Culture, “nous avons aujourd’hui un retour sur les limites et les pratiques sanitaires qui protègent notre vignoble et nous profitons du début de l’apogée de la maturité de nos vignes, sorties de la jeunesse. La force de notre vignoble est qu’il est situé autour de la propriété. Pendant les vendanges le raisin est vite rentré, vite protégé. Et nous sommes maîtres de notre paysage, nos vignes sont suffisamment proches pour y développer efficacement la confusion sexuelle des papillons parents de vers de la grappe, ce que nous faisons avec de bons résultats depuis 2015. Elles sont entourées de garrigues, d’oliveraies, d’amanderaies, de massifs forestiers où nous pouvons encourager une biodiversité de prédateurs auxiliaires de la vigne (rapaces, batraciens, chauves-souris…) Nous travaillons avec l’Agence Bio pour notre passage en bio (vendange labellisée en 2022), et avec la Ligue Protectrice des Oiseaux pour dresser l’inventaire des espèces protégées et installer 70 nichoirs à chauves-souris.”

Les deux tiers du vignoble sont en AOC Corbières, avec les cépages syrah, mourvèdre, grenache, carignan, cinsault, et un tiers est en IGP Pays d’Oc (chardonnay, merlot, cabernet sauvignon, cabernet franc et petit verdot).

Mathieu Mocquet, le Responsable Chai et Production, affiche la même passion communicative : arrivé dans les caves, il souhaite “la bienvenue dans ma salle de jeux depuis 2012. Nous avons ici le temps, les moyens et le devoir de capturer les arômes et les qualités des raisins, de les exprimer et de les protéger jusqu’à la mise en bouteille.” Et de conclure : “Pas de tradition pour le folklore, pas d’innovation pour la facilité, mais une authentique quête d’excellence, en empruntant ce qui nous convainc, de l’Histoire redécouverte et du progrès, pour ne mettre de côté aucun petit détail de qualité en plus”.

Durable et local

“Nous avons à présent la maturité pour restaurer Aussières dans sa vocation de village vigneron qui vit dans son territoire”, résume Saskia de Rothschild.

Pour Jean-Guillaume Prats, directeur des Domaines Barons de Rothschild (Lafite), “la formidable dynamique du Languedoc est une inspiration pour le présent et l’avenir d’Aussières, et un moteur dans notre quête d’excellence. Nous croyons en la force que confère la conjugaison des talents : Olivier Trégoat, Directeur Technique de Château L’Evangile, Château Rieussec… assure la supervision technique d’Aussières, et nous confions les analyses et les retours sur les échantillons de toutes nos propriétés (de Bordeaux au Chili et à l’Argentine) à Marc Dubernet, incontournable œnologue-conseil à Narbonne”, spécialiste de la macération carbonique (voire plus loin).

Le développement durable est au cœur de ce nouveau souffle après la construction : la protection de la biodiversité va de paire avec le soin apporté à l’environnement humain. Ce dernier passe par le développement de l’œnotourisme, avec un caveau de vente tout neuf pour s’offrir les vins et l’huile d’olive du domain” et un catalogue d’activités pour emmener les visiteurs à la découverte d’un sud-narbonnais injustement méconnu.

La stratégie commerciale est également revue et corrigée, explique Saskia de Rothschild : “via DBR, notre production à Aussières était jusqu’ici très largement exportée [à plus de 90%], nous souhaitons à présent être vus et reconnus sur les belles tables locales et nationales pour porter haut ce terroir sur ses propres terres”.

2020 : le premier millésime d’Altan, le nouveau souffle d’Aussières

Deux nouveaux vins d’appellation enrichissent la gamme en 2020 : un merveilleux rosé, cristallin, complexe, à la robe pâle aux délicats reflets mauves, au nez floral, à la bouche précise, ciselée en longueur (19 € au caveau). Nous nous attarderons sur Altan, le rouge à boire en AOC (24 € au caveau). A boire pour le caractère aussi gourmand que digeste de ses jus de syrah et carignan, issus pour un tiers de macération carbonique.

“Nous pratiquions peu la macération carbonique”, précise Olivier Richaud, le directeur du domaine, “mais nous avons voulu l’explorer, non seulement sur le carignan, mais aussi sur la syrah. Les résultats sont si convaincants que nous l’essayons sur d’autres cépages. Elle transcende chaque personnalité avec une dose d’élégance ajoutée.”

“Nous avons appelé cette nouvelle cuvée ‘Altan’ car c’est le nom local du vent d’Autan, le vent du Nord qui assainit si bien nos vignes. Et c’est bien le sens de ce vin qui met en bouteille le nouveau souffle que nous voulons pour Aussières”, conclut Saskia de Rothschild.
A la dégustation, les lassés de la carbo à tout va (qui m’aime me suive) trouveront dans un Altan “très dangereusement buvable” (entendu sur place), toutes les raisons de se réconcilier tant les tannins sont charnus, le fruit rouge et noir glorieux, la matière étirée en finesse sur une délicieuse longueur. Alors quel meilleur moyen de se délivrer d’une tentation que d’y céder ?