Le château d’Agassac, cru bourgeois du Médoc et propriété de la société d’assurance Groupama, ne cesse d’afficher ses ambitions : sur le terrain de la communication, de l’oenotourisme, mais aussi pour la qualité de ses vins, comme le confirme l’arrivée du consultant Stéphane Derenoncourt.

Depuis son arrivée à la tête du château d’Agassac en 1997, dans la foulée de son rachat par Groupama, Jean-Luc Zell n’a eu de cesse de hisser cette propriété, dont les origines remontent au XIIIème siècle, parmi les plus dynamiques du Médoc. De nombreux efforts ont été consacrés à la restructuration et à l’agrandissement du vignoble, au développement de la gamme, et à l’installation des vins d’Agassac comme d’incontestables « valeurs sûres » parmi les crus bourgeois. L’oenotourisme est également un axe fort du développement de la propriété. Pionnier dans le registre des visites interactives (d’abord avec iPod, aujourd’hui avec iPad), proposant une offre très riche de jeux de piste pour toute la famille, de dégustations et visites à thèmes, d’organisation d’événements « à la carte » (concerts, projections de films, paniers pique-nique) ou privés, le château continue d’élargir son éventail de prestations « ludiques et sérieuses » : le château ayant été récemment reconnu monument historique, un nouveau jeu de piste axé sur l’histoire des lieux sera lancé en juillet-août. Jean-Luc Zell précise également que la communication sera axée davantage sur un personnage emblématique du château, « l’Agassant d’Agassac » (d’après le nom d’une cuvée 90% merlot), qui guidera les visiteurs.

Défendre le millésime 2013

Communication toujours : jamais en retard d’une idée pour se démarquer, Jean-Luc Zell a su créer la surprise à la veille de la Semaine des Primeurs en adressant aux dégustateurs professionnels – qui pour la plupart doivent se déplacer dans le vignoble pour goûter les vins – un échantillon de son millésime 2013, accompagné d’un échantillon de 2012 et de 2011. Une démarche originale qui visait « à mettre trois millésimes en perspective. Trois millésimes qui se suivent, qui ont des profils différents mais qui ont en commun d’avoir été « compliqués ». Cela permet aux professionnels de comparer l’évolution des vins, d’avoir une approche contrastée, et de constater que même lorsqu’un millésime n’est pas exceptionnel, quand on travaille bien, de façon rigoureuse et consciencieuse, on peut faire du bon vin. La meilleure façon de parler d’un vin, c’est de le goûter, et ce 2013 a souvent été jugé avant d’être goûté. Certes, c’était une année très difficile, avec beaucoup d’hétérogénéité, on a perdu 37% de récolte par rapport à 2012… Mais avec beaucoup de travail à la vigne, et un travail cohérent à la cave, on a fait du bon vin. On a fait notre boulot de vignerons, c’est tout ». S’agissant de la question du prix, Jean-Luc Zell souligne la volonté de cohérence d’Agassac, qui se situe toujours dans une fourchette de prix autour de 15 €. « Je veux qu’Agassac soit toujours considéré comme un « good value », quel que soit le millésime. Je suis un compétiteur, et ça ne me dérange pas d’être comparé aux autres vins, même plus chers. La question de la tarification des vins à Bordeaux reste quand même un sujet sur lequel il y a une chape de plomb, notamment à cause des classifications ». (1)

L’expertise de Derenoncourt

Preuve que Jean-Luc Zell est un compétiteur et n’a pas peur de se remettre en question : il vient de s’adjoindre les services du célèbre « winemaker » Stéphane Derenoncourt, qui vient apporter son expertise aux équipes techniques du château d’Agassac. L’objectif : « poursuivre les efforts engagés sur la voie de la construction d’un vin de haute expression représentant les valeurs de bordeaux et du Médoc : équilibre, concentration, précision finesse et élégance », précisément en restreignant « de manière significative le cœur de sa sélection parcellaire destinée au premier vin du domaine pour tous les millésimes à venir. Ce sont désormais 40% des surfaces qui sont dédiées à D’Agassac, contre 70% auparavant », annonce le château dans un communiqué. Pour Stéphane Derenoncourt, qui a bâti sa réputation de consultant sur la Rive Droite de Bordeaux, cet engagement au côté d’Agassac – quelques jours seulement après avoir signé un accord avec un autre cru bourgeois, le château Malleret – confirme une volonté de se déployer sur les valeurs montantes du Médoc. « Je suis très heureux de pouvoir participer à cette nouvelle aventure, car l’objectif est ambitieux, les moyens sont là et les vins sont déjà très bons. L’approche de la gestion parcellaire existante me convient et le challenge défini par Jean-Luc Zell me plait. Nous sommes heureux de pouvoir désormais accompagner l’équipe technique de la propriété en apportant nos conseils sur la gestion des derniers réglages », a-t-il déclaré.

Mathieu Doumenge

(1) Voici en exclusivité le commentaire de dégustation de Château d’Agassac 2013 (« Terre de Vins » n°29, sortie début mai). Note : 15/20. Puissant, complexe, fruité, c’est un bon représentant du Haut-Médoc. Il se démarque par sa profondeur et par l’énergie qu’il a capté. on peut l’attendre un peu.

Et pour mémoire, voici le commentaire de Château d’Agassac 2010 (« Terre de Vins » n°28, actuellement en kiosques). Note : 15, 5/20. Vin droit et long, la matière est noble, grande densité en bouche, avec de l’homogénéité, tannins d’une grande finesse.