Au terme de quatre années de travail assidu, les jeunes vignerons d’Alsace dévoilent une cartographie de leurs terroirs. Une première très attendue qui pourrait bien révolutionner la vision du vignoble alsacien.

Au printemps dernier, la responsable du groupe « jeune » du Synvira, Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace, Hélène Huttard, se réjouissait de voir achevée la cartographie des terroirs d’Alsace en regrettant que la Covid-19 l’empêche d’être publiée : « On devait sortir en mai, ce sera pour la fin de l’année. Personne n’a jamais fait le travail de répertorier tous les lieux-dits et les reporter sur une carte. Il a fallu aller chercher les informations dans chaque syndicat viticole, village par village. » Le 12 octobre, la carte a été présentée officiellement à Strasbourg (Bas-Rhin). Elle est accessible en ligne en suivant ce lien et sera disponible en version imprimée pour la fin de l’année. Un cadeau de Noël tout trouvé pour l’amateur qui pourra enfin faire le lien direct entre ce qu’il lit sur une étiquette et le lieu exact d’où provient le vin.

Une carte évolutive

Jusqu’à présent, le lien entre l’étiquette et la géographie était facile à faire pour les communes d’Alsace, d’Andlau à Zellenberg, qui figurent sur toutes les cartes routières. Il se compliquait un peu pour les 51 grands crus, délimités entre 1975 et 2007, dont le détail se trouve sur le site du CIVA, Comité interprofessionnel du vin d’Alsace. Quant aux lieux-dits, il était juste impossible de savoir où ils se trouvaient à moins de se déplacer sur le terrain avec un autochtone bien renseigné. Sur la nouvelle carte du vignoble, pas moins de 254 lieux-dits sont localisés. La carte est évolutive et on sait que quelques noms seront déjà ajoutés avant la première impression.

Subtile et interactive

Sur le site, la carte présente le long chapelet de communes et peut se consulter de deux façons, avec l’ensemble des dénominations de lieux, ou avec seulement les lieux-dits grands crus. Cela permet de visualiser certaines subtilités, comme par exemple le lieu-dit Altengarten qui est en partie enchâssé dans le grand cru Eichberg d’Eguisheim (Haut-Rhin). Le nombre de lieux-dits varie d’une commune à l’autre. Lorsqu’il y en a peu, leur nom est imprimé sur la parcelle. Lorsqu’ils sont nombreux comme à Bergheim (14) ou Mittlelwihr (11), ils sont regroupés dans un cartouche. L’autre subtilité se trouve dans la mise en avant du banc de chaque village, avec une couleur de fond qui varie d’une commune à l’autre.
« Nous avons ressenti le besoin de montrer où se trouvent les lieux que nous revendiquions sur les étiquettes » indique le communiqué qui explique le cheminement du projet. On parle souvent de travail de Bénédictin, en évoquant ce qui a été fait pour les lieux-dits et finages de Bourgogne. C’est un peu ce qu’ont fait les vignerons du groupe : « Chacun des membres de notre groupe s’est donc muni des cartes de son village et de ceux mitoyens, puis est allé frapper aux portes des voisins vignerons, des représentants des syndicats viticoles voire des anciens qui eux, parfois, savent quel endroit était vinifié seul pour la singularité de ses vins. »

Une révolution culturelle

Denis Hebinger, vigneron d’Eguisheim (Haut-Rhin) est avec Mathieu Deiss (Bergheim) un des initiateurs de ce projet et l’explique : « C’est sur ce genre d’idée qu’est né le groupe ‘jeune’ du syndicat. J’avais travaillé en Bourgogne (où tous les climats sont répertoriés et visibles sur des cartes depuis des lustres), Mathieu avait cette idée dans un coin de sa tête et plein de copains avaient des données. C’est une révolution culturelle en Alsace ». Cette carte est un premier jalon. Fruit de quatre années d’un travail d’équipe, elle constitue une étape majeure dans la hiérarchisation alsacienne toujours en cours.