Christophe Richel vient d’être élu président du syndicat des Vins de Savoie mais également réélu au premier tour à la mairie de Saint Baldolph (74). Nous l’avons interrogé sur la situation actuelle bien sûr, mais aussi sur l’avenir des vins savoyards.

Comment vivez-vous actuellement la crise du Covid-19 en tant que viticulteur ?
Si les caves sont à l’arrêt, nous sommes toujours autorisés à aller dans les vignes. C’est mon fils qui s’occupe des travaux puisque la météo clémente et le cycle précoce ont fait démarrer la vigne sur les chapeaux de roue. Il faut donc réparer les attaches, remplacer les piquets, remettre en état la vigne… Les jacquères, mondeuses, chardonnays ont commencé leur débourrement. Nous nous attachons à respecter les règles de distance – c’est plus facile dans une petite exploitation comme la nôtre (6 hectares), mais il faut reconnaitre que certains vignerons ne respectent pas toujours les règles, notamment pour le transport de leurs salariés.
Ma principale préoccupation actuellement est de m’occuper des sarments ; nous ne sommes plus autorisés depuis deux ans à les brûler après avoir obtenu pendant plusieurs années une dérogation par arrêté préfectoral pour les travaux agricoles. L’interdiction a été prise pour éviter la pollution aux particules fines l’hiver dans les cluses (vallée creusée perpendiculairement dans une montagne par une rivière, NDLR) savoyardes. Mais au nom du syndicat des vins de Savoie, je pense qu’il faut renégocier avec le préfet une nouvelle dérogation. Car brûler des m3 de sarments permet d’éliminer les maladies cryptogamiques ; il n’est pas toujours possible de les broyer sur place ni de les stocker. Cela peut également engendrer des coûts supplémentaires pour les sortir des vignes. A terme, il faudrait réfléchir à créer des revenus annexes en les transformant en bois de chauffage mais pour cela, on ne peut pas livrer des fagots de sarments tels quels. Il faut réfléchir à investir, via une Cuma par exemple, dans une broyeuse ou une presse pour faire des sarments à tasser comme du foin ou des plaquettes à utiliser dans un four à bois ou une cheminée.

Vous prenez la suite de Michel Quenard qui a présidé pendant 10 ans le syndicat. De quel bilan héritez-vous ?
Il a laissé une feuille de route très claire. Il avait fait du renouvellement des générations et de la transmission des exploitations une priorité et je vais continuer dans ce sens. Il a porté notamment la reconnaissance en 2015 du Crémant de Savoie, devenu la 8ème appellation française de Crémant, l’organisation du congrès national et du concours des crémants en 2017, malgré l’incendie qui a ravagé la même année la Maison de la Vigne et du Vin qui abritait le syndicat et l’interprofession. Michel Quenard avait initié la révision du statut du syndicat que j’aimerais finaliser : il faudrait passer d’une trentaine d’administrateurs, ce qui correspondait il y a une vingtaine d’année à environ 500 vignerons, à une vingtaine puisqu’il n’y a plus que 380 exploitations. Cela permettrait aussi de redonner du dynamisme.
Il a également lancé la révision de la charte d’appellation pour la réintroduction dans le cahier des charges d’anciens cépages savoyards. La modification simplifiée devrait être validée prochainement par l’Inao. Nous allons également travailler avec le CIVS (Comité Interprofessionnel des Vins de Savoie) à étendre l’AOP Crémant de Savoie au rosé en demandant à travailler sur un vin de base blanc de jacquère et altesse qui pourraient être assemblées à la mondeuse et au gamay. Pour l’instant, le crémant n’est autorisé qu’en blanc avec 60% de jacquère minimum.

Où en est le projet de reconstruction de la Maison des Vins de Savoie à Apremont ?
C’est le plus gros chantier car il faut trouver les financements avant d’obtenir le permis de reconstruction à l’identique. Nous sommes en bail-location sur 30 ans avec la mairie d’Apremont pour une copropriété – la salle du premier étage reste communale. Les assurances avaient pris en charge deux ans de loyer mais nous repayons la location depuis quelques mois tout en louant des locaux à la Chambre d’Agriculture Savoie Montblanc sur Saint Baldolph. Aujourd’hui, ça grève sérieusement notre budget surtout après les deux petites récoltes de 2017 et 2019. On espérait que ce serait prêt en 2021 mais rien n’est moins sûr.

Avez-vous d’autres projets pour les vins de Savoie ?
Nous voudrions travailler sur le cahier des charges de la mondeuse pour en augmenter la qualité, aujourd’hui très hétéroclite, en calant mieux sa conduite, en précisant les meilleures expositions, en imposant des rendements plus faibles. J’aimerais également que l’on améliore l’image de la viticulture en communiquant davantage. Les agriculteurs en général ne communiquent pas assez sur leurs pratiques. Il faut jouer la transparence, aller le plus possible vers un parfait état sanitaire des vignes, même si ça coûte plus cher, et ne pas reculer sur les exigences, même en période de crise. C’est de cette façon que nous améliorerons l’image de nos vins qui bénéficient déjà de celle de la montagne et de ses paysages, que nous pourrons doucement augmenter les marges. Nous commençons à gagner des parts de marché à l’export (5%), même si 70% de la consommation est encore en région, et il faut persévérer dans ce sens.

Est-ce un avantage d’être également maire de sa commune ?
Disons que je suis souvent en contact avec les élus et les décideurs, ce qui permet parfois de faire avancer les dossiers, et un maire a l’habitude de gérer les équipes. J’ai toujours vécu ici et j’ai dit oui pour prendre la suite à la présidence du syndicat par passion de la vigne… Et ça a été possible parce que je suis bien entouré dans mon exploitation familiale.


(photo F. Hermine)